Oui Alain Juppé doit commencer à penser à son éventuelle majorité.

Et sans brûler les étapes il y a, dès maintenant, des décisions à prendre pour ne pas se retrouver, comme François Hollande, avec un groupe parlementaire fracturé, miné par un sous-groupe activiste de frondeurs. Parce qu’à droite, on date (à mon avis à raison) la naissance du phénomène des frondeurs à la primaire socialiste de 2011. A ce moment, le favori n’avait pas la main sur le PS. La primaire d’il y a 5 ans a été une formidable rampe de lancement pour François Hollande. Mais les investitures des futurs députés de la majorité étaient confiées au PS de Martine Aubry. L’armée des députés socialistes qui a débarquée à l’Assemblée en juin 2012, comportait en son sein une fraction de réfractaires à la ligne politique définie par François Hollande. D’autant que cette ligne, plutôt claire au début, avait été floutée, rendue ambiguë, par l’alliance Hollande/Montebourg entre les deux tours de la primaire. De ce fait, quand en 2014 François Hollande décide de mener (et surtout de l’assumer explicitement) une politique économique basée sur la compétitivité des entreprises (le virage dit social-libéral), la fronde s’est réveillée et s’est avérée tenace et corrosive jusqu’au bout.

Alain Juppé a observé ce phénomène de fronde et ne veut pas qu’il se reproduise contre lui.

Oui, et voilà pourquoi l’enjeu du jour d’après le 2èmetour de la primaire, fin novembre, sera pour lui (s’il l’emporte) d’avoir la main sur le parti et surtout de pouvoir réaffecter les circonscriptions législatives LR à des candidats qui le soutiennent vraiment. Le risque, c’est que les partisans du candidat défait (Nicolas Sarkozy en l’occurrence) constituent une armée dans l’armée, au service d’une personnalité (on pense à Laurent Wauquiez par exemple), qui, sur une ligne plus droitière, se mettrait, dès 2018 ou 2019, aux premières difficultés de la majorité, à préparer la présidentielle de 2022… l’appétit viendra vite parce qu’Alain Juppé n’effectuera qu’un mandat. Or les investitures LR des législatives de juin prochain ont déjà été attribuées par Nicolas Sarkozy quand il présidait le parti, au printemps dernier. Alain Juppé a donc annoncé, qu’une fois la primaire passée, s’il l’emportait, il réviserait la liste des investis, pour y mettre beaucoup plus de centristes, de modérés, afin d’éviter qu’un embryon de fronde puisse apparaitre et faire subir à ses premiers ministres ce que ceux de F.Hollande ont subi. Penser à la structure et à la solidité de sa majorité future est un impératif parce que le risque pour Juppé, c’est que le FN arrive à obtenir un nombre suffisant de députés pour constituer un groupe parlementaire relativement puissant. La future majorité serait alors coincée entre l’extrême droite et la gauche. Sans une discipline de fer et une cohérence à toute épreuve de sa majorité, le possible président Juppé serait vite empêché de gouverner. Ces considérations paraissent lointaines mais en réalité c’est maintenant –sur l’atmosphère de cette fin de primaire à droite- que la puissance ou l’impuissance de l’éventuel président Juppé se joue.

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