Dominique de Villepin donne ce matin une longue interview au journal « La Tribune ». Une interview qui prend la forme d’une leçon politique. Mieux que ça, une leçon de tempérance. Pour celui qui envisage sa vie, et la vie politique tout particulièrement comme un combat permanent, ça ne manque pas de sel. Mais cette soudaine tempérance en dit long surtout sur la capacité de Dominique de Villepin à renaître toujours de ses cendres. Car souvenez-vous il y a un an; c'était le branle bas de combat à Matignon; l'entourage proche de Dominique de Villepin téléphonait, s'activait, prenait des contacts dans les cabinets ministériels; un collaborateur d'un ministre raconte avoir été approché, à l'époque, pour le convaincre; on lui a assuré que "Sarkozy n'irait pas jusqu'au bout", "Quand j'ai vu l'affaire Clearstream éclater, j'ai mieux compris" avoue-t-il aujourd'hui. Bref, l'objectif était clair : préparer la candidature du premier ministre à l'Elysée. Tout roulait. Et puis, je ne vous refais pas l'histoire. CPE. Clearstream. Bronca des parlementaires. Chute abyssale dans les sondages. Résultat : un premier ministre laminé, lessivé, seul et sans avenir. Et puis coucou, le revoilou Dominique de Villepin ! Neuf comme un enfant qui sort du ventre de sa mère. Lavé de toutes les vilenies du passé. Mais lui le fougueux, l'impatient, le chef de guerre, l'homme de peu de dialogue adopte pour son retour, le calme marmoréen des statues antiques et vient donc donner une leçon de tempérance à celui qui se présente comme le candidat désormais naturel et incontournable de son camp. A Nicolas Sarkozy qui prône la rupture, il répond : "équilibre nécessaire entre exigences économiques et attentes sociales". A Nicolas Sarkozy qui clame "rien ne va plus dans cette république" jusqu'à se permettre d'en critiquer les institutions comme celle de la justice, Dominique de Villepin affirme : "les français ont la capacité de réussir dans la mondialisation". A Nicolas Sarkozy qui va afficher à la Maison blanche son américanisme, Dominique de Villepin rétorque: "ce qui est essentiel pour moi, c'est ce qui fonde notre identité". A Nicolas Sarkozy enfin qui fanfaronne "j'ai soulevé plus de débats en 10 jours qu'il n'y en a eu pendant toute la présidentielle de 2002", Dominique de Villepin réplique: "je regrette qu'en matière économique, les vrais débats ne soient pas encore posés". Alors leçon de tempérance un brin surréaliste ? Sans doute, le premier ministre a-t-il compris qu'il n'avait guère d'autre créneau politique à occuper. On ne peut pas être deux à prôner la "rupture"! Cette interview en tout cas démontre que Dominique de Villepin ne lâche rien, qu'il se battra jusqu'au bout à son poste, et sans doute ailleurs, si l'occasion se présente. Alors pour l'instant, le collaborateur du ministre dont je vous parlais il y a 2 minutes, n'a encore reçu aucun coup de fil de Matignon pour se préparer à se lancer dans la bataille. Mais il assure lui aussi se tenir prêt !

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