Le discours du Président hier à Toulon a rappelé un autre discours présidentiel, un discours de septembre 1982. Donc un an et 4 mois après l’élection de François Mitterrand, c'est-à-dire exactement comme le discours de Toulon, hier, un an et quatre mois après l’élection de Nicolas Sarkozy. Donc, septembre 1982, François Mitterrand prononce un discours à Figeac sur la situation économique et financière de la France. Ce discours est considéré aujourd’hui comme le premier acte du tournant de la rigueur. A Figeac, François Mitterrand dit, je le cite « le socialisme n’est pas ma bible » ! Dans les mois qui suivent, il fera toute une série de déclarations qui vont marquer un virage sémantique vers l’utilisation d’un vocable d’entrepreneur. Il remettra à l’honneur les mots « modernisation, entreprise, compétitivité, profit » et il prononcera plus tard le fameux : « trop d’impôts tue l’impôt ». Le discours de Figeac était paradoxal et brillant : il disait avec un ton énergique, presque enthousiaste qu’en réalité, il fallait mettre un mouchoir sur les idées égalitaristes qui avaient propulsé la gauche au pouvoir. Un parallèle avec le discours d’hier ou plutôt une symétrie flagrante et troublante. Là où François Mitterrand, l’homme de gauche, disait « le socialisme n’est pas ma bible » ; Nicolas Sarkozy, l’homme de droite, affirme que « l’idée selon laquelle les marchés ont toujours raison est une idée folle ». Le Président, hier, s’est fait l’apôtre de la régulation et de la réglementation nécessaire. Il a affirmé être à la tête d’un Etat qui garantit et qui encadre. Il a fustigé les patrons voyous et réclamé une redistribution équitable des profits dans l’entreprise ! Tout comme Figeac, Toulon marque une rupture par rapport aux promesses du candidat devenu Président. Nicolas Sarkozy a souligné que la crise actuelle aura des conséquences sur la croissance et le pouvoir d’achat. Mitterrand, en septembre 1982, et Sarkozy, en septembre 2008, agissent comme une femme de ménage peu scrupuleuse qui soulèverait le tapis pour y glisser dessous toutes les promesses en parlant très fort pour détourner l’attention. Un virage donc dans la politique de Nicolas Sarkozy . Au moins, les priorités ne sont plus les mêmes. Fini les baisses d’impôts et la hausse du pouvoir d’achat. Mais Nicolas Sarkozy est fidèle à lui-même et affiche un volontarisme d’autant plus vibrant et déterminé que les marges de manœuvres sont faibles. Il y a du Bonaparte adepte de la guerre de mouvement avec une certaine forme de panache à moins que ce soit un incroyable culot. En bon opportuniste, il estime que les périodes de crise sont propices aux redistributions de cartes et il promeut par exemple une croissance verte essentiellement impulsée par l’Etat. En septembre 82, François Mitterrand renonce aussi à une partie de ses promesses qu’il sait ne plus pouvoir financer. Il n’a plus de marge de manouvre et pourtant, il ose un slogan d’attaque - « il faut résister et conquérir » - que Nicolas Sarkozy ne renierait pas ! On freine en hurlant qu’on accélère. En réalité, en mettant ces deux discours côte à côte, on se rend compte qu’il y a, en France, comme une force tellurique qui ramène toujours le balancier à mi chemin entre une politique trop libérale et une politique trop dirigiste. Vers un capitalisme Rhénan avec l’Etat acteur plus qu’arbitre, à l’opposé du laisser faire anglo-saxon. Comme si la réalité du pays se rappelait toujours aux promoteurs d’une rupture trop idéologique.

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