Le Sénat bascule à gauche. Et donc, si la gauche remporte l’élection présidentielle de 2012, elle pourra faire des réformes institutionnelles.

Oui, le Sénat à gauche c’est un événement politique qui n’impactera pas beaucoup la vie des Français pour les prochains mois. Le fossé entre un tel événement et la « vraie vie » du moment est considérable et explique aussi que cette élection ait été sous médiatisée pendant la campagne. Mais, effectivement, si au printemps prochain, « le ou la » (selon la formule de politesse à la mode au PS) candidat ou candidate du PS l’emporte, ça changera tout. En réalité, ce nouveau président aura plus de pouvoir que François Mitterrand en 1981. On a toujours lu rapidement et sans y prendre garde les propositions de réformes des institutions formulées par la gauche, qui officiellement remet en cause un grand nombre d’aspect de la cinquième République depuis 1958. On les lisait poliment en se disant : « de toute façon, la gauche ne pourra rien faire, elle n’a pas le Sénat et elle ne l’aura jamais ». Tous les cours de droit constitutionnel de toutes les universités comportaient un chapitre sur le Sénat fait pour être conservateur ad vitam aeternam . Donc, le bouleversement que constitue la victoire d’hier est, osons ce mot galvaudé en politique, « historique ». Il va falloir maintenant interroger très précisément les candidats socialistes à la présidentielle sur ce qu’ils veulent changer dans la constitution. Droit de vote des immigrés pour les élections locales, renforcement du parlement, instauration d’une meilleure séparation des pouvoirs… Il y a bien des chantiers à ouvrir, il suffit de reprendre tous les programmes socialistes depuis 58, certains parlent même d’une sixième République.

Sauf que s’ils deviennent les principaux bénéficiaires des institutions, on peut imaginer qu’ils seront tentés de ne pas trop les changer…

Pour l’instant les socialistes affirment le contraire mais on les verra à l’œuvre s’ils sont confortablement installés dans les charentaises moelleuses que la cinquième République offre à ses bénéficiaires. Jusque-là, ce que l’on appelle le « fait majoritaire », cette prime énorme offerte par la Constitution aux vainqueurs des élections était inégalement réparti. La gauche avait des victoires amputées du Sénat. L’ultra-domination institutionnelle de la droite dans les années 70 était indécente. Elle pourrait le devenir avec la gauche l’année prochaine si la gauche ne prévoit pas de réelles réformes de rééquilibrage notamment en ce qui concerne les droits de l’opposition à l’Assemblée nationale. Mais ce renversement au Sénat montre aussi que les institutions finissent toujours par s’adapter aux évolutions de la société. Le Sénat, au XIXème siècle était d’abord critiqué par les républicains. Héritier de la chambre des pairs, les sénateurs de la troisième République représentaient les petites communes, le conservatisme, la monarchie. Et puis, les campagnes sont devenues à leur tour, républicaine et le Sénat a fini par devenir une chambre de préservation de la République. Gambetta qui était farouchement contre le Sénat y est devenu favorable en vieillissant pour le bien de la République encore fragile. Et d’ailleurs au moment du Boulangisme, c’est le Sénat qui a tenu bon. La gauche du XXème siècle a eu le même reflexe, justifié, que les républicains du XIXème envers la chambre, dite haute. Aujourd’hui, les territoires, même ruraux ne sont plus un frein pour la gauche. Les institutions se sont adaptées à la société et tous les profs de droit constitutionnel doivent déjà modifier le chapitre Sénat sur leurs vieux polycopiés…En attendant les réformes nécessaires.

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