Nous sommes donc au milieu de cette semaine que toute la presse juge « cruciale »...

Oui, « cruciale », « noire », « semaine de tous les dangers »…toutes les expressions habituelles pour qualifier en réalité une semaine sur deux de l’exercice du pouvoir. Le Président peut se consoler en consultant les innombrables maximes sur l’art ingrat de gouverner et l’inéluctable impopularité qui va avec, du Cardinal de Retz à Raymond Barre qui pensait même que la popularité d’un gouvernement était forcément suspecte. Pour Anatole France, « gouverner c’est mécontenter » mais peu importe, disait-il, parce que les « gouvernements impopulaires durent autant que les autres ». François Hollande sait que pour avoir une chance de contenter il faut commencer par mécontenter. On explique souvent l’impopularité par les promesses non tenues. Mais on ne peut pas encore dire que François Hollande en soit déjà là. L’impossibilité de bloquer les prix de l’essence, l’impossibilité de renégocier (littéralement) le traité européen, l’abandon du récépissé du contrôle policier, le manque d’entrain manifeste sur le dossier du non cumul des mandats… Tout ça peut commencer à dessiner un tableau critique mais en fait la popularité n’est pas simplement affaire du respect de la liste des courses. Chacun peut comprendre que la réalité, l’évolution de la crise contrarient la réalisation des promesses. La source de la désaffection populaire viendrait plutôt de la nature des perspectives tracées depuis l’élection.

Et ces perspectives ne sont pas jugées crédibles ?

Non, et voilà sans doute le motif de la perte de confiance : le sentiment d’impuissance. D’impuissance principalement sur le front de la lutte contre le chômage. Les chiffres qui seront connus ce soir, et dont on dit qu’ils sont mauvais, vont amplifier ce sentiment. Dans les prochains mois il y aura bien sûr les emplois d’avenir et le contrat de génération mais l’incapacité à endiguer les plans sociaux dont les annonces se multiplient, plombe l’ambiance nationale. Les perspectives économiques affichées sont peu crédibles parce que déjà, le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone avoue à demi-mot ce que tout le monde pressent : l’objectif de la réduction du déficit à 3% du PIB ne sera pas tenu ! Et Bernard Cazeneuve, hier, à ce micro, a peiné à nous convaincre du contraire. L’objectif de l’inversion de la courbe du chômage, l’année prochaine, alors qu’on sait que pour que l’économie française crée des emplois, il faut une croissance de 1,5%... et que le Président, lui-même prévoit une croissance de 0,8%, cet objectif paraît bien illusoire. Tout comme Nicolas Sarkozy qui avait dévissé dans les sondages, non pas parce qu’il ne tenait pas ses promesses mais parce qu’il continuait à en faire à la chaîne (au travers de rafales d’annonces qui se chassaient les unes les autres),eh bien François Hollande perd en crédit en nous peignant un avenir plus rose que ce que chacun prévoit raisonnablement. Les conjectures sur le futur sont plus corrosives pour l’opinion que les promesses du passé… Mais comme en politique, comme en économie, c'est aussi une affaire de confiance, eh bien pour que l’avenir ait une chance d’être meilleur il faut commencer par le décrire comme tel. Cette façon qu’ont les gouvernants d’aujourd’hui de miser à ce point sur l’efficacité de la prophétie auto-réalisatrice n’est qu’un indice un peu désespérant de leur incapacité croissante à peser sur le cours des choses.

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