Ce matin, vous évoquez la crise chez les Verts et la révolte des barons écolos…

Oui, on disait toujours des écologistes qu’ils étaient en crise de croissance. De vrais gamins… Maintenant que ces petits naïfs ont quand même réussi à obtenir un groupe parlementaire au Sénat, un autre à l’Assemblée nationale et deux ministres -tout ça en ne pesant que 2.3% à la présidentielle- on dit : « ce sont des politicards, ils se conduisent comme des grenouilleurs de la IVème République » ! Ce sont les écologistes eux-mêmes qui entretiennent cette image en se critiquant les uns les autres. Daniel Cohn-Bendit, Nicolas Hulot, José Bové et maintenant Noël Mamère. En réalité tout se passe comme si, au près des plus anciens, venus à l’écologie par la culture protestataire, il y avait une sorte de Jiminy Criket libertaire pour leur souffler en permanence à l’oreille le « pouvoir c’est sale, n’y va pas, combat-le toujours ». Ce sont souvent les plus anciens qui font preuve de la plus grande naïveté concernant le pouvoir. Hier, sur cette antenne Daniel Cohn-Bendit, à 13H, donnait une leçon de politique à EELV ! Il disait qu’il leur fallait imposer aux socialistes un contrat de gouvernement avec un programme clair ! Mais il confond nos institutions avec celles d’Allemagne où le principe de coalition suppose un accord qui oblige le gouvernement. Et c’est en effet par un contrat avec le SPD (dans le cadre de la grande coalition) qu’Angela Merkel avait, par exemple, dû s’engager sur la voie de l’abandon du nucléaire. Mais ça ne peut pas se passer comme ça dans un pays régi par le fait majoritaire qui donne tout le pouvoir à un seul parti. Imaginez : si le PS et les Verts devaient faire un contrat strict de gouvernement au regard de ce que chacun pèse électoralement… Les écologistes seraient à peine en mesure d’imposer aux ministres de fermer leur robinet pendant qu’ils se lavent les dents ! En réalité les écologistes ont largement optimisé leur minuscule poids électoral.

Vous voulez dire qu’ils ne devraient pas quitter la majorité, comme le souhaite Noël Mamère… ?

Ce serait une grave erreur, pour leur parti (ça on s’en fiche un peu…) mais surtout pour la cause qu’ils défendent. On a l’impression qu’ils ne se rendent pas compte de la révolution intellectuelle que les socialistes sont en train de réaliser (grâce à leur influence, bien plus qu’à leur capacité à se faire élire). Arrêtons-nous juste une seconde sur ce qu’a dit François Hollande, vendredi dernier : la France doit réduire de moitié sa consommation d’énergie dans les 30 prochaines années ! Cette phrase qu’aucun écologiste n’aurait pu prononcer il y a 15 ans sans passer pour un doux rêveur ou un furieux décroissant, sort aujourd’hui de la bouche d’un industrialiste, nourri à l’idéologie du toujours plus… shooté à la croissance depuis l’ENA et HEC. Est-ce que les écologistes sont assez prétentieux pour penser que François Hollande dit ça, simplement pour garder à ses côtés deux ministres et une force politique qui a fait 2,3% à la présidentielle ? Non ! Les écolos ne rendent pas compte que leurs solutions ne sont plus regardées comme des lubies de vieux hippies. Le GIEC va encore souligner demain qu’ils ont eu raison avant tout le monde ! Et c’est au moment où le président français prend de tels engagements et alors qu’il va falloir les clouter, les lui rappeler sans cesse, que les écologistes (avec leurs pauvres 2,3 petits % sous le bras)… c’est à ce moment là qu’ils devraient décider de rejoindre l’opposition ?? …où, ils seront toujours moins bruyants que Jean-Luc Mélenchon ? Drôle d’idée !

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