La loi « renforçant la sécurité intérieure », discutée depuis hier à l’Assemblée…

Avec cette loi, nous sommes à la limite du « En mêmetempstisme ». Le « chèvre et choux » macronien ou la prise en compte de la complexité du monde. Mais le « en même temps » en matière de sécurité et de liberté est plus compliqué à doser, comme si, sur ces sujets, la porte devait être ouverte ou fermée. Le gouvernement propose de sortir de l’état d’urgence parce qu’un état d’exception est, par nature exceptionnel, mais il intègre dans le droit commun de larges pans de ce qui ne devait pas durer. Or, on sait d’expérience qu’il y a un effet cliquet en matière de sécurité et de liberté. Depuis des décennies, on ne revient plus jamais en arrière. Le champ des libertés publiques se restreint. Le pouvoir du juge judiciaire et le contrôle parlementaire régressent sans cesse au profit de l’autorité administrative et policière. Il ne peut certes y avoir de liberté sans un minimum de sécurité, mais nous en sommes à 12 lois sécuritaires en 15 ans, sans que ceux qui voudraient lancer un camion sur une foule ou trucider les passagers d’un train avec un couteau ne puissent -c'est l'évidence - être stoppés. A moins d’interdire les camions, les trains et les couteaux.

Des attentats sont déjoués quand même…

Oui, pas plus que dans les pays sans état d’urgence permanent. Et encore, l’état d’urgence a un petit avantage par rapport à la situation que voudrait créer le gouvernement : il est remis en cause tous les 3 mois devant le parlement. Il doit être justifié à nouveau, discuté en permanence. On ne peut certes pas rester en état d’urgence mais le niveau d’alerte est toujours très élevé. C’est à l’exécutif, qui a les informations, d’en juger et d’en fournir les éléments aux députés pour justifier de le prolonger. Si l’on en sort pour pérenniser la plupart de ses dispositions, le contrôle parlementaire et le rôle du juge judiciaire, protecteur des libertés, seront définitivement réduits! On retombe bien vite sous le coup de la maxime de Benjamin Franklin : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de sa liberté pour plus de sécurité risque de perdre les 2 ». Si les terroristes en veulent à notre liberté, c’est paradoxal de leur mener la guerre en leur donnant quitus, en rognant sur ce que, justement, nous voulons défendre : la liberté ! Mais cette dialectique est un peu facile. Il faut sortir de ce face-à-face classique qui oppose l’éthique de conviction à éthique de responsabilité, le toujours vertueux maître Leclerc au forcément liberticide ministre de l’Intérieur. Pour lutter contre le terrorisme, il faut, forcément mettre entre parenthèses certaines libertés. Des parenthèses temporaires et selon certaines conditions, très contrôlées et renouvelées par le parlement. C’est un équilibre, un « en même temps », que visiblement nous ne savons pas trouver en France. De fait, ce constat un peu désespérant s’impose : le pays dit des droits de l’homme est, face au terrorisme, celui qui –parmi les démocraties - en rabat le plus et le plus vite sur ses libertés…quelle que soit la couleur politique des gouvernants.

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