Emmanuel Macron à l’économie. C’est donc le fait marquant de ce remaniement.

Oui, l’ambition d’Arnaud Montebourg était de faire bouger les lignes en les dépassant… eh bien voilà le résultat, les lignes sont confirmées et même repeintes ! Le gouvernement ressemble enfin à la politique qui est menée. Menée depuis le 14 janvier dernier quand François Hollande révéla son projet social-libéral. Il était donc temps que soient retirés tous les cache-sexes et autres artifices qui entretenaient l’illusion. Qu’on approuve ou pas cette politique, on peut espérer maintenant que les mots du ministre de l’économie ressemblent aux actes du gouvernement. Emmanuel Macron est un collaborateur de François Hollande de longue date… Hollande et Macron avaient, pendant la campagne, tous les éléments pour connaître l’état de l’économie française, de la compétitivité de nos entreprises et de nos comptes publics. Ils avaient déjà une opinion très précise sur ces sujets. Il aura donc fallu deux ans à François Hollande pour mettre en adéquation ce qu’il pense, ce qu’il dit et ce qu’il fait… et l’équipe pour le faire! C’est bien long. Il faut dire qu’il croyait aussi aux cycles et que la croissance reviendrait en partie d’elle-même, mécaniquement, comme le beau temps après la pluie. Et que donc qu’il y avait place pour un affichage un peu biaisé, plus flamboyant, pour le bagou volontariste d’un Montebourg. Mais la croissance n’est pas venue.

Du coup, une bonne partie des électeurs de 2012 se sent trahie ?

Oui, bien sûr… et elle l’est, trahie, d’une certaine façon. Rappelons que Manuel Valls, pendant la primaire socialiste, incarnait peu ou prou la ligne suivie aujourd’hui. Il était arrivé bon dernier des socialistes avec 6%... Et puis le discours du Bourget, « mon ennemi c’est la finance »… Il y a donc ce pécher originel… Parce qu’on peut toujours se féliciter de la cohérence et de la clarté... Il y a une réalité politique implacable : aucun suffrage populaire n’a validé la ligne suivie actuellement. La confiance est gravement rompue. On se pose toujours la question des raisons de la formidable défiance des Français envers les politiques et en même temps depuis les promesses de François Mitterrand, la fracture sociale de Chirac en 1995 ou la rupture de Sarkozy en 2007, on s’habitue. L’illusion est devenue une forme de licence poétique admise pendant les campagnes présidentielles. En réalité elle mine tout ! Aujourd’hui, au fond du trou de la popularité, François Hollande est libéré, il n’a plus à s’encombrer du souci de paraître… il ne lui reste plus qu’à faire. Et pour laver cette trahison, qu’à tenir, finalement la principale promesse : faire baisser le chômage sans détruire notre modèle social. Mais en attendant il faut bien faire ce constat un peu triste : dans notre régime de monarchie républicaine, par lequel on attend tout d’un seul homme, le prix de la cohérence et de la clarté, c’est donc une certaine forme de trahison.

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