Martine Aubry présente cet après-midi une ébauche du projet socialiste pour 2012 devant le Conseil national du PS… C’est demain que la première secrétaire sera reçue par Eric Woerth, le ministre du travail, pour discuter de la réforme des retraites…Et nous saurons peut-être enfin quelles sont les propositions faites en la matière par le Parti Socialiste. Parce qu’on ne sait toujours pas. Et cela fait plus de trois mois que ça dure. Bon, Martine Aubry n’a pas envie de se laisser dicter son agenda par le gouvernement. Mais sa déclaration mercredi dernier, lors d’une réunion de calage, a frisé le comique: « Nous avons nos réponses, nous ne souhaitons pas faire nos propositions pour que le gouvernement en picore une ou deux ». Grosso modo : tu ne me piqueras pas mes idées. « Heureusement que le ridicule ne tue pas », confiait hier l’entourage d’un ténor socialiste. Parce que cette indécision sur une question aussi majeure – nos retraites – irrite dans les rangs du PS. Quand Martine Aubry et ses amis sont rentrés de leur périple indien, retardés par le nuage du volcan islandais, la rue de Solferino s’impatientait. La première secrétaire, qui avait décroché de l’actualité nationale, se lamente n’avait laissé aucune instruction au sujet de cette conférence sur les retraites repoussée d’un jour. Comme si elle souhaitait aller le moins vite possible. Il faut dire que Martine Aubry a été échaudée par sa première déclaration, celle du 17 janvier dernier, quand elle avait brisé un tabou au PS en déclarant chez nos amis d’RTL dans un moment d’euphorie: «On doit aller, on va aller très certainement, vers 61 ans ou 62 ans. Ce qui avait révulsé l’aile gauche du parti, obligeant la patronne du PS à rétropédaler sur le mode : je n’ai pas été comprise, je ne parlais pas de l’âge légal de départ mais de l’âge effectif, chaque Français doit avoir le droit de partir à 60 ans. Et pourtant, une réalité s’impose aujourd’hui : cette barrière va devenir de plus en plus virtuelle. Puisque les Français vont cotiser de plus en plus longtemps dans les années qui viennent… Alors pourquoi ne pas dire les choses clairement ? Parce que ces 60 ans sont un acquis social hautement symbolique, un marqueur de la gauche. Et qu’une mauvaise réforme des retraites peut briser une carrière politique. Lionel Jospin ne s’y est pas attaqué, lui qui a pourtant créé le fonds de réserve des retraites, et ce grand chantier a peut-être manqué à son rendez-vous avec 2002. Martine Aubry est aujourd’hui face à un casse-tête : elle doit composer avec l’aile droite du PS, comme Manuel Valls, qui se veut réaliste sur le sujet, et une aile gauche orthodoxe, gardienne du temple, qui ne veut pas toucher aux fondamentaux, à l’image de Benoît Hamon. Une sorte de grand écart idéologique. La première secrétaire, habilement, a mis tout le monde d’accord en proposant une mesure de taxation des revenus du capital. Mais pour le reste, elle préfère rester dans le flou, ou dans le non-dit. Sa tactique est de dire: tirez les premiers messieurs les UMP. Elle se laisse le temps de faire la synthèse au PS, il sera plus facile d’obtenir une cohésion contre le gouvernement, que d’y aller seule en bataillant en interne. Si Martine Aubry, la mère des 35h, grande spécialiste des questions sociales, est aujourd’hui attentiste, voire immobile sur cette question des retraites, c’est tout simplement parce qu’elle est engagée dans une campagne qui ne dit pas encore son nom, celle des primaires socialistes, en vue de la présidentielle face à Nicolas Sarkozy. C’est le combat le plus difficile. Dans les rangs mêmes du parti. Où aucune erreur, voire aucune audace ne semble permise.

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