L'immigration : un sujet piège pour la gauche C’est un sujet, que l’on pourrait qualifier de « casse-gueule » pour la gauche. Comment reconnaît-on qu’un sujet est politiquement « casse-gueule » pour un camp ? Quand ce sujet est vécu comme un problème par une grande partie de la population et que le camp en question s’en tient aux statistiques. Il est vrai que l’immigration, statistiquement ce n’est pas un problème. Mais la réalité politique est quelque part entre les données statistiques, brutes, froides et le ressenti subjectif évolutif, nébuleux. A droite, par exemple (et particulièrement quand on est aux affaires), quand on parle du pouvoir d’achat, on se réfère plus volontiers aux chiffres. C’est objectif et statistique, normalement, il n’y a plus à discuter : le pouvoir d’achat ne baisse pas en France ! Pourtant, le ressenti est opposé. Le prix de l’informatique ou des écrans plats baisse plus, en volume, que l’augmentation des pâtes ou de l’essence. Cela fait une statistique, au total, avantageuse, mais au quotidien, c’est désespérant, parce qu’on mange des pâtes et pas des écrans plats. La gauche est idéologiquement mieux armée que la majorité pour exprimer ce que les statistiques ne disent pas sur le coût de la vie. Sur l’immigration, c’est l’inverse. Ce sont la droite et l’extrême droite qui savent mieux exprimer le ressenti des classes populaires. Chacun a ses domaines de prédilection ; chacun, parfois, en rajoute aussi un peu et même beaucoup, ce qui ne fait qu’augmenter la différence entre le ressenti et la statistique, et donc les tensions. En quoi l’immigration est-elle un piège pour la gauche ? Prenons les statistiques, le brut, ce que l’on serait tenter d’appeler à tort « la réalité » : l’immigration en France n’est pas une invasion. Loin de là ! Les chiffres montrent que la part des immigrés dans la population française n’augmente pas, sauf qu’un immigré maghrébin entré en France il y a cinquante ans est toujours perçu comme immigré, ses enfants et ses petits enfants aussi. L’immigration ne pèse pas sur les comptes publics, l’immigration permet de tenir à flot notre système de retraite. L’arrêt de l’immigration ne ferait en rien diminuer le chômage. Les chiffres, encore une fois (ceux qui sont publiés dans la passionnante enquête des Echos d’hier) le montrent sans ambages et accompagnent, dans ce sens, les conclusions de nombreux chercheurs et universitaires sur ce sujet. Pourtant, l’immigration est largement vécue comme un problème et ce n’est pas simplement la faute des médias qui stigmatiseraient les banlieues, ou du FN qui instrumentaliserait la peur de l’étranger. Ce n’est pas la faute de mille burqas ou de quatre rues dans lesquelles il y a des prières de musulmans. Le problème est un vrai ressenti, une vraie angoisse, liée au sentiment de déclassement et à la mondialisation. Le nier, le minimiser, serait, pour la gauche, commettre la même erreur que de confondre (comme elle le fit pendant des années) « sentiment d’insécurité » et « insécurité tout court ». Le piège est là. Parce que si pour répondre rapidement à l’angoisse de la population face à l’immigration, la gauche adoptait un discours de fermeture, elle ne serait plus la gauche, et elle se retrouverait à courir derrière Nicolas Sarkozy qui, lui-mêm,e court derrière Marine Le Pen dans un sinistre marathon. Les solutions pour que l’immigration ne soit plus ressentie comme un problème sont la mixité sociale, l’éducation, la destruction des ghettos, bref, des politiques de long terme sur lesquelless on ne se fait pas facilement élire.

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