Vous revenez ce matin sur la question du droit de vote que François Hollande veut accorder aux étrangers aux élections locales et sur toute une série d’arguments à propos de ce débat

Oui, rappelons que cette promesse faite depuis 1981, c'est-à-dire depuis plus de trente ans par la gauche, parfois par une partie de la droite, est un engagement souvent réitéré et jamais tenu. François Mitterrand aura été le plus cynique et le plus manipulateur avec cette promesse parce que, lui qui avait été le premier à l’évoquer, aura mis deux mandats complets à ne pas trouver le temps ou le courage de la tenir. Mais surtout il ressortait régulièrement cette idée, comme pour hystériser le débat et « cliver » comme on dit maintenant, afin de faire réagir la droite et l’extrême droite. Le but, exactement comme quand Nicolas Sarkozy utilise l’identité nationale ou tout autre thème d’ordre sécuritaire, est de faire en sorte que droite et gauche, sur des sujets réflexes et épidermiques retrouvent leurs marques dans une belle bipolarité simplificatrice et confortable. Les étrangers (puisqu’ils n’ont pas le droite de vote) constituent la catégorie de la population à laquelle on peut continuer de faire des promesses sans les tenir et sans crainte de se voir sanctionner par les urnes. François Hollande prend à son tour cet engagement. Au moins remarquons qu’il a déjà programmé l’adoption de ce droit pour 2013 afin que les étrangers, non communautaires, puissent, à l’instar des membres de la communauté européenne, voter, aux élections municipales dès 2014, s’ils sont en France depuis plus de cinq ans. Soulignons que les étrangers ne pourront pas être maires ou adjoints puisque si c’était le cas, ils auraient la possibilité de voter pour les sénateurs et ce serait donc l’extension d’un droit vers une élection nationale. On saura rappeler à François Hollande (s’il est élu) sa promesse.

Nicolas Sarkozy dit que ce serait prendre le risque d’un vote communautaire…

Oui c’est ce qu’il a rappelé hier à ce micro. C’est un argument assez étrange que de refuser l’extension du droit de vote en reprochant par avance à ceux qui en auraient été les bénéficiaires la destination de leurs bulletins ! C’est avec ce genre d’arguments qu’une partie de la gauche s’était opposée au droit de vote des femmes pendant toute la IIIème République au prétexte qu’elles risquaient de voter pour des partis cléricaux ! L’autre argument classique pour s’opposer au droit de vote des étrangers, c’est de dire : le vote est réservé aux nationaux. Les étrangers qui veulent voter n’ont qu’à demander leur naturalisation. Beaucoup d’étrangers, notamment des femmes présentes sur notre territoire depuis longtemps et qui ont des enfants nés en France, ne peuvent pas accéder à la nationalité française qui est accordée aussi sous conditions de ressources. La précarisation du travail, l’accroissement du temps partiel subi, maintient bien des étrangers, et surtout des femmes, en dessous des seuils de revenus nécessaires pour l’acquisition de la nationalité. Ces personnes ne peuvent pas devenir françaises, elles vivent, travaillent et paient des impôts en France mais ne peuvent pas voter non plus. Comme si s’était installée incidemment une forme de droit de vote et de nationalité censitaire pour une partie de la population qui vit en France.

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