La France aborde l’étape délicate du déconfinement… Et l’on peut, avant les annonces du Premier ministre à ce propos, déjà se demander comment éviter les ratés de la première partie de cette crise.

Chaque crise, dit-on,  révèle les forces et les faiblesses d’un pays et de son Etat. 

Les  forces observées, ces dernières semaines : 

  • notre capacité à nous adapter rapidement (beaucoup plus que ce que notre autodénigrement perpétuel  laissait croire), 
  • la puissance de notre réseau associatif  qui permet d’innombrables initiatives de solidarité, organisées ou  spontanées, 
  • le matelas social étatique et municipal, qui  permet  d’amortir un peu (mais mieux que dans d’autres pays comparables) les  drames que vivent les plus précaires. 
  • D’un point de vue  sanitaire, le monde hospitalier, qui était déjà sous tension, a tenu le  choc.

On a assisté à la mise en œuvre –par les ARS (Agences régionales  de Santé)- d’une impressionnante logistique pour transporter certains  malades de régions surchargées vers l’étranger ou des régions moins touchées. L’Etat sait être efficace pour ce genre  de grandes manœuvres. Une coordination satisfaisante, souvent spontanée,  public/privé, a permis d’utiliser à plein le potentiel hôpital/clinique  et d’augmenter le quota de lits de réanimation.   

La crise révèle aussi des failles.

D’abord,  bien sûr, le fiasco du stock de masques, doublé –au début- d’un  discours infantilisant, pour dissimuler la pénurie, sur leur supposée  inutilité pour le grand  public. 

En matière de test, dans un pays réputé champion de la  recherche et de l’industrie pharmaceutique, nous avons assisté à un  immense gâchis d’énergie et de savoir-faire. En cause : les lourdeurs  administratives des ARS dont les agents sont pourtant très  mobilisées. Un PDG d’un grand groupe de laboratoire, qui dispose de  test prêts à l’emploi mais n’ayant toujours pas reçu l’agrément, me  disait, en colère, hier que l’ARS avait été un facteur aggravant de la  pénurie, de par son manque de souplesse. Ses tests  sont les mêmes que ceux utilisés en Allemagne ou dans certains pays du  nord mais le coup de tampon de l’institut Pasteur traine !… Pourquoi ?  Il n’a pas de réponse et fulmine, comme d’autres responsables de  laboratoire qui se sentent entravés. Pourtant dans  ARS… Il y a ‘Régionale’… ce devrait, en toute logique, être gage  d’agilité et de proximité. 

Ne dit-on pas que les organisatismes les plus  proches du terrain sont les plus réactifs ? En réalité, l’ARS est le  bras local de l’Etat central. C’est la différence  entre la déconcentration et la décentralisation

L'ARS est un service  déconcentré et non pas décentralisé. Tout remonte à Paris. 

Pour  déconfiner les écoles par exemple, chacun comprend que le bon outil,  c’est l’alliance maire (donc décentralisation) et préfet  (déconcentration). 

Pour ce qui est de la politique de santé, c’est le  couple préfet/ARS qui agit… donc surtout de la déconcentration… pas de  décentralisation. 

Un mécano administratif et politique à méditer… et  certainement à réformer… pour les prochaines crises  sanitaires qui ne manqueront pas d’arriver. Si les tâtonnements  politiques et scientifiques sont normaux, en pareil cas… les  freins administratifs et pesanteurs jacobines sont difficilement  compréhensibles.        

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