Une question ce matin pour ouvrir cette ultime semaine de l’année 2010: les Français en ont-ils marre de la politique ? Il y a de quoi s'interroger après l’étonnante enquête IFOP publiée hier par le Journal du Dimanche, titrée « Nicolas Sarkozy personnalité de l’année » et « Sarkozy Woerth Fillon, trio politique de l’année ». Je vous avoue m'être frotté les yeux: quel miracle s’était donc produit à Noël, en faveur de ce président si controversé ? A la vérité, la question portait sur celles et ceux qui ont marqué les esprits, en bien... comme en mal. Si nous regardons dans le rétroviseur : 2010 aura fabriqué du désamour en politique. Les élections régionales de mars, perdues par la droite, ont été marquées par une abstention record. La réforme des retraites, voulue par Nicolas Sarkozy, a viré au dialogue de sourds syndical, et au bras de fer dans la rue. Le tout rythmé par l’éprouvant feuilleton Woerth-Bettencourt, qui a souligné le fossé creusé entre les classes moyennes d’un côté, et les fortunes visiblement liées au pouvoir de l’autre. Eric Woerth, surprenant deuxième ce sondage IFOP, incarne, malgré lui, ce hiatus au sein de la société française. Pour couronner le tout, le long plan séquence du remaniement a débouché sur le maintien de François Fillon et a exaspéré tout le monde. Tous ces évènements, et la liste n'est pas close, ont fabriqué du rejet national. Et la Gauche ? Elle n’a pas été en reste en 2010... DSK, 4ème du sondage en question, brille par son indécision et son absence du débat national. Le PS s'est divisé sur les retraites et les primaires. Martine Aubry subit les assauts permanents de Ségolène Royal. C'est reparti pour la valse aux ambitions, comme à droite et au centre. Europe écologie et les Verts, eux aussi, se déchirent, incapables de capitaliser sur leurs succès électoraux. Et pendant ce temps, Marine le Pen regagne tranquillement ses parts de marché, comme son père autrefois. C’est à croire que malgré la crise, les déficits, le chômage, l’insécurité, la classe politique continuerait sa petite musique, loin des réalités quotidiennes. Les Français en auraient donc un peu marre de la politique, Jean-François ? Et bien, oui et non. Il y a aujourd’hui une vraie crise de la représentation. Les Français en ont assez des joutes verbales, par media interposés, des jeux politiciens, alors que le désir de changement est toujours aussi fort. Mais ils attendent toujours le messie, et croient encore, au fond d’eux-mêmes, que le politique peut - malgré tout - changer les choses. C’est De Gaulle en 58 ou Mitterrand en 81. Nicolas Sarkozy, quant à lui, en 2007, allait bousculer le système, avant de se réfugier derrière la crise. Les gens refusent d’ailleurs ce discours d’exonération. Crise ou pas, les politiques, à leurs yeux, doivent pouvoir agir, transformer leur quotidien. C'est encore le seul moyen, qui marche mieux que la religion ou la loterie nationale. Et puis la politique, c'est le feuilleton permanent, qui énerve et passionne en même temps. Je vous fais le pari, Eric: la machine à promettre va reprendre de plus belle. Tout va recommencer comme avant. Les Français en ont marre, mais ils vont y croire, une fois de plus.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.