L'édito Politique de Laurent Joffrin, du Nouvel Observateur

Il est facile en tous cas de tirer de l’année 2012 un bilan très négatif, c’est un fait que les couacs se sont multipliés au sein de l’équipe socialiste que les décisions ont souvent tardé que la ligne générale est restée floue. La présidence Hollande, disent les opposants, de droite et de gauche, est celle du zigzag et de la confusion. Et il faut bien le dire, qu’ils ont parfois raison.

Pourtant, après six mois d’expérience, on peut aussi formuler un autre diagnostic. Si on prend un peu de recul, si on quitte la posture partisane, on s’apercevra que l’année 2012 aura été marquée par une innovation historique. C’est la première fois qu’on tente d’introduire en France la politique sociale-démocrate en vigueur dans plusieurs pays de l’Europe du Nord. Cette politique repose d’abord sur le compromis. Pour faire face à la crise, les classes sociales sont invitées à des concessions réciproques, de manière à réformer la société sans affrontement majeur.

Ainsi tente d’agir le gouvernement Ayrault. Il réforme d’abord la fiscalité en frappant d’abord les classes riches – mesure de gauche- mais il cherche en même temps à travers le rapport Gallois à restaurer les marges des entreprises – mesure libérale. Il débloque des crédits en faveur de l’éducation – mesure de gauche- mais il prévoit en même temps de geler les dépenses publiques – mesure libérale. Il cherche un accord entre patronat et syndicats pour mieux aider les chômeurs et les précaires – mesure de gauche - tout en prévoyant d’assouplir la gestion des effectifs par les entreprises – mesure libérale. Bref, il cherche le compromis. Et le style c’est celui de la concertation et de la négociation qui découle aussi il faut le dire du caractère de Jean-Marc Ayrault et de François Hollande et qui donne forcément au gouvernement une allure plus hésitante.

Cette politique peut-elle réussir, dans une France longtemps bonapartiste, gaulliste puis sarkozyste ? Ce n’est pas sûr, dans un pays qui a guillotiné un roi, on a toujours la nostalgie d’une certaine forme de monarchie. Mais il est possible aussi que cette politique, finalement, soit plus moderne et plus efficace que l’ancien récit héroïque de nos monarques républicains.

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