Ce matin, retour sur un sujet oublié de la campagne présidentielle : les violences faites aux femmes. L'édito politique de Cyril Graziani.

Rassemblement contre les violences faites aux femmes à Nantes le 25 novembre 2016
Rassemblement contre les violences faites aux femmes à Nantes le 25 novembre 2016 © Maxppp / Romain Boulanger

La question, qu'elle soit d'ordre sexuelle ou sexiste, n'est pas un fléau (au sens non pas météorologique mais maladif) mais bien un fait politique ... Et si vous regardez de près les projets ou les moutures de projets des candidats à la présidentielle, très peu d'entre eux s'y penchent réellement.

Marine Le Pen pour le moment est l'une des seules.Mais elle prend le problème plus sur un mode identitaire... voulant défendre les femmes voilées de force par leurs maris islamistes radicaux... Tout récemment, la question n'a été abordée que lors du deuxième tour de la primaire. Alain Juppé a fait de l'égalité femmes-hommes un pilier majeur de son action s'il venait à être élu... Mais très vite le débat a tourné autour du droit à l'IVG. A gauche, seul Benoit Hamon a compris qu'il s'agissait d'un problème de premier ordre.

Alors pourquoi ont-ils si peur de cette question ? Beaucoup n'ont pas pris conscience que c'était un sujet de société à part entière. Une femme décède tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Il y a aussi 84 000 viols ou tentatives de viols par an, 230 par jour ... Au moment de l'affaire Baupin, certains élus se réfugiaient derrière la sacrosainte vie privée pour éviter de commenter. Mais il n'y a pas de vie privée quand les faits sont pénalement répréhensibles...

Y-a t-il des solutions? Attention, je ne dis pas que rien n'est fait... Un cinquième plan de lutte contre les violences faites aux femmes a été lancé en 2016.... La ministre Laurence Rossignol connait parfaitement cette problématique et se mobilise vraiment.. La loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes a été promulguée en août 2014... Elle prévoit notamment la généralisation du téléphone portable d’alerte pour femmes en très grand danger.

Mais ces réformes passent quasiment inaperçues du grand public et les moyens alloués sont trop faibles. Quand vous interrogez les militantes féministes, beaucoup plaident pour une véritable politique publique, un grand plan de lutte type sécurité routière... Il y a près de vingt ans, quand ce problème a été pris à bras le corps, que s'est-il-passé? Priorité politique, sanctions, recrutement et formations de professionnels, sensibilisation à l’école dès le collège, campagnes de communication. Des millions d’euros ont été investis, nous sommes passés de 20 000 à 4000 morts par an.

Aujourd'hui près de 7 millions d'euros sont déboursés chaque année dans la sécurité routière, contre un à deux millions d’euros tous les trois ans dans la lutte contre les violences faites aux femmes. On a considéré que l'investissement en valait la peine... Alors pourquoi ne pas en faire de même avec ce grave problème que sont les violences sexuelles et sexistes ?

Alors messieurs et madame les candidats à la présidentielle, je ne veux pas parler au nom des associations féministes, mais elles n'attendent qu'une chose : que vous veniez frapper à leur porte, elles vous expliqueront cela encore mieux que moi.

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