100% ! Ce n'est pas le titre d'une nouvelle série... Mais notre niveau d'endettement public, qui atteint des sommets, mais qui - c'est le paradoxe - affole de moins en moins nos politiques. Explications.

Banque centrale européenne à Francfort en Allemagne
Banque centrale européenne à Francfort en Allemagne © AFP / Daniel Kalker / DPA / dpa Picture-Alliance

La France termine l’année avec une dette qui équivaut à plus de 100% du PIB. Record ! Et si le débat politique sur la dette était aujourd'hui daté ? Pour répondre à la question, partons du dernier tweet de Christian Jacob, posté le 20 décembre. Le patron de la droite LR commente la « une » du Figaro de samedi, avec ce chiffre énorme : « 100% ! » Commentaire de Jacob : "Encore une triste preuve de l’irresponsabilité budgétaire de ce gouvernement (…). La dette d’aujourd’hui, ce sont les impôts de demain !" Argument qui a constitué le cœur du programme du candidat Bayrou en 2007 et 2012. Ne pas faire reposer sur les générations futures l’incurie du présent, garantir notre souveraineté face à la pression des taux et des marchés.  

Cette phobie de la dette va decrescendo à mesure qu’elle explose !  

C’est le paradoxe. 100 milliards d’euros en 1981, 10 fois plus à la fin des années Chirac, 20 fois plus en 2014. Presque 2 milliards et demi aujourd'hui. On a le tournis, mais ça ne permet pas d’aborder sereinement le sujet.   

La réalité, c’est que depuis 3 ans la courbe ne bouge presque plus. Que cette dette, nous n’avons aucun problème pour la financer, les investisseurs se bousculent pour en acheter. Et surtout, comme les taux d’intérêt sont toujours au plus bas, la charge est moins lourde. Facture divisée par deux par rapport à ce que la même dette nous aurait coûté il y a 25 ans.  

Pourquoi l'Élysée se montre plus laxiste que prévu ?  

Oui, et sous l’influence d’économistes néo-keynésiens, comme Olivier Blanchard. Il a fait sensation lors d’une conférence aux États-Unis en janvier dernier, en relativisant l’impact de la dette. Les taux sont quasi nuls et pour longtemps, profitez-en pour investir maintenant dans la société et les emplois de demain ! Voilà son message.   

Un discours très éloigné des remontrances de la Cour des comptes. Et validé récemment par Emmanuel Macron, quand il s’en est pris au dogme maastrichtien des 3%, « débat d’un autre siècle », selon lui, à l’heure du Green New Deal.   

D’ailleurs, que recommande l’ancienne Mme FMI Christine Lagarde, maintenant qu’elle préside la BCE ? D'investir car la croissance est trop molle. Les temps changent, les paradigmes aussi. Si on fait un peu de provoc', Emmanuel Macron devrait même remercier les "gilets jaunes" pour l’avoir incité à dépenser. « Politique du chèque », disent ses adversaires… Mais si la cohésion sociale est à ce prix, l’investissement est de salubrité publique.  

La même question va se poser sur les retraites ?  

Bien sûr ! Combien de concessions aux régimes spéciaux et à quel prix : 20, 30 milliards ? On investit dans l'avenir ou on achète la paix sociale ? L'exécutif ne dit rien du coût de la réforme. Et pour cause, cela contrarie le socle - droite et retraités -, sur lequel Emmanuel Macron cherche du soutien.   

Intenable, sa promesse initiale de réduire la dette de 5 points en 5 ans. Dès lors, on comprend mieux pourquoi l'exécutif s'accroche à l'âge pivot. Symbole de sérieux budgétaire. Avec le risque de perdre sur les deux tableaux : sur sa droite, qui lui reproche de trop dépenser pour faire passer la réforme, et sur sa gauche qui se demande pourquoi il faudrait se serrer la ceinture, puisque la dette ne fait plus peur.

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