C'est un homme de l'ombre qui est l'invité du 8h20 sur France Inter, ou plus exactement un homme de lettres. Des lettres qu'il met au service d'un candidat en campagne. Henri Guaino est la plume bien trempée de Nicolas Sarkozy. Cet homme-là se reconnait à ses tournures de phrases, ses figures historiques et ce goût immodéré pour tout ce qui exalte l'esprit de résistance de la France. Cet homme-là se reconnait à cette sensibilité particulière qu'il accorde aux plus humbles, à ce fond de nostalgie un brin doloriste qu'il promène avec lui, portant le regret "d'un temps dit il où souffrir pour la France était une noblesse". C'est en juin dernier, à Agen, en écoutant Nicolas Sarkozy prononcer l'un de ses premiers discours de présidentiable, que l'on s'est dit, avant qu'il ne le verbalise lui même : "quelque chose a changé". Le candidat parle ce jour-là à la France qui se lève tôt et qui ne s'en sort pas. Il s'adresse à la mère de famille célibataire, aux fonctionnaires, aux travailleurs pauvres, "toutes ces France, dit-il, qui n'en font qu'une". Il accuse les patrons voyous, la politique de la BCE, il dénonce l'explosion de la rémunération de la propriété, il parle d'euthanasie sociale. Et il conclut : la fracture sociale s'est transformée en désintégration sociale. Plus tard, il citera Jaurès et Blum et je vous rappelle que c'est Sarkozy qui parle ! Et l'on se dit : "mais c'est bien sûr !". C'est du Guaino dans le texte. Henri Guaino, plume de Chirac en 1988, mais surtout en 1995. Il fut celui qui mit des mots sur le concept de "fracture sociale". Ex-commissaire au Plan limogé par Jospin, ex-séguiniste, ex-pasquaien, ex-candidat aux calamiteuses municipales de 2001 à Paris, où il tenta de s'attaquer en vain, et maladroitement, à la citadelle Tibéri. Henri Guaino a donc rejoint aujourd'hui le candidat Sarkozy. Opportunisme de la plume mercenaire qui se vend au plus offrant ? A entendre ses discours, d'Agen à Périgueux, de Charleville Mézière à celui de la Porte de Versailles, on se dit que décidément, ce n'est pas lui qui a changé, mais bien le candidat qu'il sert. Ce candidat de droite, libéral et atlantiste transformé par la grâce de Guaino, qui lui apporte humanité, culture, ouverture et l'attachement à la République comme nouvelle cohérence personnelle. Un changement de pied qui n'a pas plu à tout le monde dans l'entourage de Nicolas Sarkozy. Les plus libéraux toussent encore de certaines des formules ou propositions du ténébreux arlésien, la dénonciation des patrons voyous, c'est pas leur genre de beauté, mais ils lui accordent d'avoir su donner de la chair à leur présidentiable et même quelque flair politique. La pré-emption du droit opposable au logement avant tout le monde, c'est lui, Guaino. C'était le discours de Périgueux à l'automne dernier Finalement, Henri Guaino illustre dans cette campagne sarkozienne qui se voulait celle de la rupture, la drôle de continuité entre Chirac et Sarkozy. Il est l'un des traits d'union, bien plus nombreux qu'on ne le croit, entre les deux hommes.

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