"Claude Allègre est un homme avec qui j'aimerais un jour travailler". Cette petite phrase de Nicolas Sarkozy, tirée hier de son entretien avec des lecteurs dans "Le Parisien", n'est pas passée inaperçue. La rumeur bruissait depuis plusieurs jours. Hier, Nicolas Sarkozy l'a quasi officialisée avec sa petite phrase, Allègre fera partie du prochain gouvernement post municipal ! D'ailleurs l'inhabituel mutisme de l'intéressé en dit long sur ses secrets espoirs : "je suis flatté des propos du président, mais je ne souhaite pas m'exprimer" nous a-t-il fait savoir hier. Alors, si le chasseur de mammouth, l'épouvantail à profs, le pire pourfendeur de Ségolène Royal n'est plus un sujet pour la gauche, "ouf, on s'en est débarassé, soupirent ses ténors", l'arrivée de l'iconoclaste chercheur est un vrai repoussoir pour la droite. Populaire dans son électorat certes mais surtout parce qu'à l'époque, il mettait la gauche dans la rue. Mais maintenant, à quoi peut servir Claude Allègre ? Que Nicolas Sarkozy va-t-il faire dans cette galère ? se plaignent en choeur élus et ministres. François FIllon fait une campagne effrénée pour tenter d'empêcher cette entrée au gouvernement. A chaque fois qu'il croise quelqu'un ces jours ci, il l'interpelle "faut dire au président que c'est idiot comme idée, faut lui dire !" "Il est convaincu qu'Allègre est au mieux un type ingérable raconte un conseiller, au pire une grenade dégoupillée." Les ministres actuels sont contre. D'autant que Claude Allègre négocierait un large périmètre pour son futur ministère, un périmètre qui fait de l'ombre à certains, et en dépouille carrément d'autres. Recherche/nouvelles technologies et INDUSTRIE, avec l'exigence de s'installer à Bercy pour avoir sous la main une administration qui fait avancer les choses. Bref un MITI français sur le modèle japonais. Un "cadeau" d'autant plus incompréhensible pour certains, que cet homme est en totale opposition avec l'esprit et les conclusions du Grenelle de l'environnement. Les relations avec Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet vont donc être... sportives ! Les ministres d'ouverture sont contre aussi. Allègre au gouvernement, c'est leur espace et leur oxygène dont il les prive d'un coup. D'autant qu'il a une revanche à prendre, une revanche sur ses petits camarades socialistes qui dégoisaient sur lui quand il était ministre de Jospin. Aujourd'hui, il va vouloir faire rendre gorge à tous ceux qui ont douté qu'il était un esprit supérieur, et va jouer comme nul autre de sa relation avec Sarkozy. Les élus UMP évidemment, ceux qui attendent un strapontin ministériel au titre des bons et loyaux services rendus à Nicolas Sarkozy depuis la nuit des temps, grimpent dans les tours quand ils entendent le simple nom d'Allègre ! On n'a plus qu'à prendre notre carte du PS si on veut avoir une chance d'être ministre grince l'un d'eux, ulcéré par cette "ouverture" qui le prive d'un fauteuil. Alors pourquoi Nicolas Sarkozy s'entête-t-il ? La réponse est partout la même : parce que c'est un "homme de coups", il se gargarise encore d'avoir été le premier à nommer une femme à la justice ou à Bercy, mais surtout parce que "c'est lui". Personne ne comprend quel intérêt supérieur, politique ou électoral pousse le président à s'embarasser d'un homme incontrôlable, qui a déjà prouvé son manque de sens diplomatique et politique. Mais "Parce que c'est lui" devient l'alpha et l'oméga de l'explication politique aujourd'hui. Comme les enfants qui s'épuisent aux "Pourquoi" incessants, et à qui les parents à bout d'arguments finissent par répondre "parce que"; à la question pourquoi Nicolas Sarkozy fait-il appel à Claude Allègre, 71 ans, chercheur de haut niveau mais boulet politique, il n'y a d'autre réponse que : "parce que c'est lui". Evidemment, ça ne fait pas beaucoup de copains à Claude Allègre dans le futur gouvernement ! Mais après tout, il a le meilleur d'entre eux !

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