Vous vous penchez sur la question des sondages catégoriels qui se multiplient.

Le dernier en date (salon de l’agriculture oblige) c’est cette enquête qui nous apprend que Nicolas Sarkozy recueillerait 40% des suffrages des agriculteurs au premier tour. Il y a quelques jours, on apprenait que les Français musulmans votaient plutôt à gauche, que les catholique pratiquants plutôt à droite, que les habitants des centres-villes étaient plus écologistes que les banlieusards, que François Hollande faisait un tabac chez les instituteurs et Nicolas Sarkozy restait majoritaire chez les retraités. Les employés du secteur public ne votent pas de la même façon que ceux du secteur privé, ils sont plus à gauche… sauf les gendarmes. Ces catégorisations ont toujours existé. Dans chaque sondage il y a le détail, sexe, âge, catégorie sociale, mais des sondages plus spécifiques fleurissent au moment même ou l’on s’interroge sur la monté des communautarismes en tous genres. Un journal catholique publiera un grand sondage sur le vote des catholiques alors que la Vie du rail pourrait mettre à sa une, une enquête sur l’opinion des cheminots. Il ne s’agit donc plus seulement de scruter ce que les marxistes appelaient le « vote de classe » ou ce que les sociologues de la fin du 20eme siècle, désignaient sous l’acronyme CSP, les catégories socioprofessionnelles. Les ouvriers votaient à gauche et les bourgeois à droite et la classe moyenne, ce grand marrais électoral, variait selon les événements. Maintenant l’électeur est scruté dans toutes ses dimensions. On découpe la population dans le sens de la longueur, de la largeur pour tenter de trouver des cohérences électorales de plus en plus incertaines.

Mais ces sondages ne sont pas forcément faux… les catholiques pratiquants votent plus à droite que les homosexuels ?

C’est vrai mais en prononçant cette phrase vous en percevez l’absurdité ! Quid par exemple d’un paysan retraité, catholique et homosexuel du sud ouest. Il est homosexuel et du sud ouest… pour ces deux raisons, selon les sondages, il devrait plutôt voter à gauche. Il est retraité, catholique et agriculteur : trois critères de vote de droite ! 2 contre 3… il votera donc à droite ? Absurde là encore… Alors vous pourrez dire, concernant notre cobaye, comme Jean Gabin, dans le formidable film le Président, à propos des patrons de gauche… « Il y a aussi des poissons volants mais ce n’est pas la majorité du genre ». En réalité, pour bien faire, il faudrait lire l’intégralité de toutes les enquêtes. Ainsi pour reprendre notre exemple et pour relativiser, les catholiques pratiquants ne sont que 4% en France. Les homosexuels qui se déclarent comme tel, ne sont qu’entre 2 et 4%. Et surtout, qu’est-ce qui est le plus déterminant ? Le fait que notre citoyen test ait plus de 65 ans, qu’il soit catholique ou qu’il gagne moins de 1500 euros ? Et puis tous ces facteurs font fi de sa capacité de jugement, de ses goûts littéraires, de ses indignations, de l’histoire de sa famille, des aléas de sa vie…tout ce qui fait qu’un citoyen est indéchiffrable ? Que peut bien voter notre agriculteur catholique homosexuel, retraité du sud ouest, dont le fils adoptif est au chômage et dont le père était réfugié antifranquiste. Les facteurs de droite qui dominaient plus haut rebasculent à gauche… ou pas ! C’est finalement l’intérêt de la démocratie. La somme d’une vie et la part du libre arbitre.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.