Ce matin un cas d’école ! Ou comment un sujet devient un objet de débat public pendant quelques jours.Oui, il s’agit dusujet polémique de ce début de semaine , plus fort que les raviolis au cheval ou que le Iacub au DSK : la réduction des vacances d’été ! Le ministre de l’éducation était invité dimanche de BFM. Vincent Peillon a bien sûr détaillé sa réforme des rythmes scolaires très contestée. Mais c’est une autre déclaration qui a provoqué la polémique : l’idée de réduire de deux semaines les vacances d’été . Alors c’est une vieille idée que Vincent Peillon ne cesse de répéter. Il l’a détaillée dans un livre, elle faisait même parti du programme présidentiel et l’a évoquée avec les syndicats dans plusieurs concertations ces derniers mois. Tout le monde savait que la question devrait être étudiée dans les années qui viennent. Rien que du banal donc…

Alors pourquoi cette non-annonce a-t-elle pris à ce moment là ? On peut avoir une vision mécanique de la polémique artificielle, de la construction purement médiatique. On imagine le rédacteur en chef de l’émission décidant de faire de la phrase du ministre un événement pour faire de la reprise et de la pub à sa chaine. C’est pas compliqué : on fait défiler la phrase retranscrite en bas de l’écran pendant toute l’émission , on téléphone déjà aux syndicats pour les faire réagir à la phrase choc du ministre… La dépêche AFP ne tarde pas… et en l’occurrence (allez savoir pourquoi) cette dépêche était classée dans la catégorie des « urgents ». Et là, devant un « urgent », toutes les rédactions se mettent en branle !Oui c’est un peu Pavlovien mais ça marche aussi comme ça ! Toutes les radios reprennent l’extrait. Devant l’emballement, le premier ministre est obligé de préciser qu’aucune réforme de la sorte n’est programmée à ce stade. Dans le langage automatique du commentaire politique on appelle ça un « recadrage »… Du coup on fait réagir l’opposition . Bruno Le Maire, Christian Jacob (qui se souviennent qu’on leur a fait plusieurs fois le coup quand ils étaient dans la majorité) parlent de bourde, de gaffe, de cacophonie…après tout, chacun son tour. Et tant pis si, sur la longueur des vacances d’été, ils sont presque tous d’accord !

D’une phrase banale et relativement consensuelle on arrive donc à une polémique puis à l’ouverture d’un front politique ! Lundi matin, nous commentons (comme sur toutes les radios) l’annonce de Peillon… on débat, on se demande si le ministre, machiavélique, n’a pas - en réalité - ouvert un contre-feu pour faire diversion alors qu’il est en difficulté ! Trop fort ce Peillon, ou alors trop gaffeur !

Lundi soir, mon fils de 11 ans me demande si c’est vrai que le ministre va réduire de 2 semaines ses prochaines vacances d’été… il parait que c’est le sujet numéro 1 dans les cours de récré, juste avant PSG/Marseille et the Voice !

Et hier matin le Parisien titre « vacances d’été plus courtes : et si Peillon avait raison ? ». Tout ça pour sur un projet qui n’existe pas ! En réalité, si l’on remonte toute l’histoire… Vincent Peillon n’y est pour rien. Il n’est ni trop fort ni trop gaffeur… Tout vient d’une dépêche AFP surclassée… Et en fait c’est très bien ! Ça veut dire que notre confrère de l’agence France presse, sur ce coup, avait raison ! Si ça a pris c’est sans doute qu’au fond, la vraie réforme ambitieuse et courageuse qu’aurait du proposer le ministre, qu’aurait du soutenir les syndicats, devrait inclure une réduction importante des vacances d’été… n’en déplaise à mon fils de 11 ans et à ses copains de récré !

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