Ce matin... la boussole macronienne...

Régulièrement, je tente de définir le macronisme... c’est ma croix... je cherche... Et là je me suis dit (puisque s’appellent En Marche): pour savoir ce qu’ils sont, regardons où ils vont, vers où  ils marchent ! Cette méthode nous montre clairement que le macronisme, en ce moment, est un centre-droit finalement assez classique. Mais il est un événement qui risque de nous le confirmer, que le nord macronien est décidément, ces derniers temps, bien à droite : la loi anti-casseurs. Cette loi, votée en 1ère lecture à l’Assemblée au début du mois, introduit une nouveauté en rupture avec notre tradition de libertés publiques, telle qu’on pensait que le président entendait la défendre (notamment face à la montée des illibéralismes en Europe). En son article 2, il est prévu que l’autorité administrative, le préfet, puisse interdire de manifestation certains individus, sur renseignements de la police. Il y a le risque évident de l’arbitraire et le fait que cette mesure marque une étape de plus dans le lent processus qui conduit à rogner encore le domaine du juge (garant des libertés publiques) au profit de celui de la police, chargée de l’ordre public. De plus, pour sa bonne application,  cette mesure devrait nécessiter la tenue d’un fichier des manifestants indésirables ! L’avocat François Saint-Pierre, qui publie Le Droit contre les démons de la politique (Odile Jacob), affirme dans le pourtant macroniste Nouveau Magazine Littéraire, que l’article 2 devrait, en toute logique, être censurée par le Conseil Constitutionnel. C’est l’espoir (à peine secret) de bien des députés de la majorité.

50 d’entre eux s’étaient d’ailleurs abstenus en 1ère lecture !

Oui, face à la violence hebdomadaire, lors des manifestations de Gilets-Jaunes, LREM devient le parti de l’ordre... ce qui électoralement peut lui réussir. Mais, effectivement, pour bon nombre de députés En Marche, venus de la gauche ou d’aspiration libérale, c’en est trop! Leur abstention était un message autant qu’une position d’attente. Le texte partait au Sénat et devait revenir en 2nde lecture, selon une habitude rodée. Et alors là, pensaient-ils, il aurait été temps de le modifier, de réintroduire le juge, d’une façon ou d’une autre, dans le processus. Le ministre de l’Intérieur le leur avait d’ailleurs laissé entendre. Raté ! Les députés de la majorité se sont faits avoir, comme des bleus… qu’ils sont ! Le Sénat, et sa majorité de droite, où siègent quelques vieux briscards madrés, vient de décider qu’il allait voter le texte, exactement dans les mêmes termes que l’Assemblée... pas un amendement ! Et donc pas de 2nde lecture. Le texte ne passera plus par l’Assemblée. La loi ainsi votée aurait pourtant fait s’indigner un certain ministre de l’Economie de François Hollande, qui n’hésitait pas, à l’époque, en bon libéral modéré, à marquer sa différence sur ces sujets. A Matignon, on minimise , en soulignant que ce gouvernement et ce 1er ministre sont attachés aux libertés publiques... qu’ils n’abuseront pas de ces nouvelles dispositions. On veut bien le croire ! Mais sauf possible censure du Conseil Constitutionnel, cette loi restera, pas eux.

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