L’opposition dépose aujourd’hui une motion de censure. C’est une disposition qui peut aboutir au renversement du premier ministre. Bien sûr, ça n’arrivera pas. Mais cette motion de censure sera encore plus vaine que d’habitude, parce que devant les députés, le vrai chef du gouvernement, le vrai responsable de la politique de la France, ne sera pas présent. La politique, toute la politique, se décide à l’Elysée et c’est là qu’elle est mise en œuvre à 80% comme l’estimait Jean-Pierre Raffarin la semaine dernière. Le gouvernement n’est plus, à bien des égards, qu’un casting, une équipe de VRP chargée de vendre l’action du chef de l’Etat, chargée aussi éventuellement de hâter l’action de l’administration. Mais le gouvernement n’est plus à la manœuvre dans l’élaboration des réformes. Il n’a même pas la charge de les annoncer ! A tel point que lorsqu’on apprend que l’on va changer de ministre de la justice, personne ne pense à se demander ce que ça aura comme conséquence sur la politique judiciaire. Tout le monde a la réponse : aucune. Tout se décide à l’Elysée, c’est d’ailleurs devenu la plus grande des banalités du commentaire politique que de le dire. Un fonctionnement nouveau auquel il faut s’habituer. Mais si c’est parfois plus efficace, ça pose un problème dans le fonctionnement de nos institutions. Cet après midi, l’opposition reprochera sa politique à un homme qui n’a pas les manettes alors que celui qui a les manettes n’est responsable ni comptable devant personne avant la prochaine élection présidentielle. Le Président se livre en fait, depuis plusieurs mois, à un monologue. Jamais confronté directement aux parlementaires, sauf à convoquer ceux de la majorité à l’Elysée pour les sermonner. Jamais confronté directement aux journalistes puisqu’il n’y a pas de conférence de presse ! Même les vœux à la presse, un discours, pas de questions ! C’est un monologue qui en plus est très bien sécurisé ! Ainsi, Nicolas Sarkozy multiplie les déplacements, de préférence dans des villes moyennes. Un haut responsable de la majorité nous confiait que le Président avait théorisé, devant lui, cette stratégie de l’évitement des grandes villes pour ne pas susciter de manifestations. Il n’est pas non plus allé en banlieue depuis son élection (sauf une fois rapidement à Meaux chez Jean-François Copé). Ce monologue sécurisé à outrance, pourtant fait de discours énergiques et volontaires, toujours avec le ton de celui qui répond à une attaque, reste un monologue. Il suffit juste de regarder nos voisins pour se rendre compte de la situation du débat politique en France. En Angleterre, mère de la démocratie, le premier ministre, c'est-à-dire le vrai dépositaire de tout le pouvoir exécutif, doit très régulièrement passer des heures durant au crible des questions des parlementaires et tout justifier. Chez nous, il est prévu, depuis la réforme des institutions, une intervention du Président de la République devant le Parlement (s’il le veut et quand il le veut) sans questions ni réponses et bien sûr sans vote. Ce qui est logique puisque le Président élu au suffrage universel direct ne peut être responsable devant l’Assemblée. Mais, naturellement ça crée un déséquilibre dès lors que le Président, non seulement préside mais aussi gouverne, au quotidien, jusque dans les détails, en chef de gouvernement et même chef de la majorité, comme on a pu le voir le week end dernier au Conseil National de l’UMP. La démocratie, en théorie, c’est l’organisation du dialogue entre le pouvoir et les citoyens. Le débat de cet après-midi à l’Assemblée sera vain puisqu’il n’empêchera pas un autre monologue, celui de la rue et des slogans après demain... Du classique !

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