Oui, où en est-on de la « présidentialisation » du président? Concept assez shadokien quand même quand on y pense : « la présidentialisation du président », c’est un concept inventé, on ne sait pas vraiment par qui, la presse ou les communicants, les deux sans doute. Depuis trois ans et demi on constate que le président a un problème avec la fonction, les habits présidentiels ne semblent pas taillés pour lui ou l’inverse, c’est une rengaine du commentaire qui s’appuie sur l’observation de l’attitude, du body langage, du vocabulaire mais aussi de la pratique politique quotidienne. Le président ne prendrait pas assez de hauteur. C’est une critique récurrente, une impression tenace et c’est vrai qu’un président élu sur le thème de la « rupture » se devait de trancher. Et, tranchant, il y avait deux réactions possibles de la part des observateurs et de l’opinion : on aurait pu se dire « ha, enfin un président simple qui décide, agit et ne se prend pas pour un monarque », ou bien alors « il n’a pas le même style que ses prédécesseurs, il ne fait pas président, il n’en a pas la carrure ». C’est la deuxième analyse qui s’est généralisée. Tous simplement parce que la rupture de style n’est pas apparue comme une modernisation de la gouvernance, au contraire. Constatant que l’habit ne fait pas le moine et qu’en plus l’habit n’est pas à la bonne taille, l’entourage du président et le président lui-même ont décidé d’entamer cette vaste opération de –nous y voilà- de « présidentialisation » du président. Il faut que le président prenne de la hauteur, qu’il n’intervienne plus sur tout, qu’il ne « clive » plus, qu’il profite du G20 pour se tricoter patiemment un costume trois pièces de président de la République française. Et alors, ça marche ?Bof, c’est vrai que ces derniers temps, il intervenait beaucoup moins sur tous les sujets chauds, que sa concentration sur la préparation du G20 et l’ambition affichée bien « président français » d’œuvrer pour la réforme du capitalisme mondial et l’encadrement de la spéculation, ont placé Nicolas Sarkozy sur les hauteurs qu’il convient. Le ton maitrisé et calme lors conférence de presse a contribué, peut être à un peu « présidentialiser le président ». Mais il y a eu le off qui a suivi la conférence de presse au cours duquel Nicolas Sarkozy a cité aux journalistes des auteurs pointus : Enzensberger qu’il lit en ce moment et Dreyer, dont il s’apprêtait à voir la Passion de Jeanne d’Arc ! Un film de 1921 que même Eva Bettan n’a pas vu…-la scène du off a été très bien décrite hier chez Audrey Pulvard par Anna Cabana…ce numéro là était gros et visible comme un bronzage aux UV de Jacques Séguéla. Ce off souligne que l’opération « présidentialisation »…justement, est une opération, une construction. Mais ce qui envoie tout valdinguer c’est l’intervention du chef de l’Etat après la disparition de la jeune Laëtitia pour réclamer le renforcement des lois réprimant la récidive. Un fait divers, une réaction présidentielle à chaud, de l’émotion, une loi. On connaît l’équation qui arrime le débat politique au rythme de l’actualité des faits divers, forcement effrénée. Equation que l’on croyait abandonnée, justement, dans le cadre de la « présidentialisation » ; eh bien c’est raté. D’ailleurs, cette fois ci, les parlementaires, exaspérés refusent d’emboiter le pas et de légiférer une fois de plus. La loi comme objet de communication, ça ne passe plus, même à l’UMP. La présidentialisation est décidément un chemin de croix. Il conviendrait quand même d’y arriver avant la présidentielle de 2012...

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