Nous arrivons au terme du processus des primaires. Un choix clair s’offre aux électeurs de gauche.

Oui, un choix entre 2 hommes qui, sur la fin, ont su retenir leurs coups et débattre de façon intéressante (ça a été souligné de toutes parts). C’est assez rare que l’on dise du bien – en ce moment- du personnel politique, il ne faut pas bouder son plaisir. A eux deux, M.Valls et B.Hamon représentaient les deux bouts de la problématique de la gauche démocratique : une tension permanente entre l’utopie et la réalité, le souhaitable et le réalisable. B.Hamon a su faire mentir tous ceux qui classaient ses propositions dans la catégorie néfaste des illusions. Ses idées sur le revenu universel, discutées et discutables, tant sur la philosophie que sur leur financement, n’en sont pas moins les seules pistes de réflexion lancées dans cette primaire, qui se basent sur l’idée de ce que sera le monde de demain. L’introduction de l’exigence environnementale dans le projet socialiste change du tout au tout les ressorts de la gauche démocratique, basés sur l’idée de répartir au mieux les fruits d’une croissance forcément toujours plus élevée. L’intuition de l’avenir était du côté de Hamon dans cette campagne. Valls, lui, a su représenter, dans un contexte très dur, avec un bilan peu apprécié (et qui n’est pas entièrement le sien), la culture de gouvernement, la prise en compte des réalités dans un monde qui au fond ne pense pas (comme Benoit Hamon) qu’il faut réduire le temps de travail.

Les socialistes ne sont pas favoris. Est-ce que cette primaire peut les remettre en selle ?

C’est assez peu probable parce qu’aussi intéressante soit-elle, cette primaire ne rencontre pas un succès populaire suffisant pour créer un élan. Mais ce qui est certain (et peut s’avérer problématique pour les 2 candidats qui en sont issus, de gauche comme de droite), c’est que les primaires, les débats internes qu’elles comportent, forcent les candidats à proposer et à défendre des projets extrêmement précis. Chaque proposition est scannée, analysée, chiffrée, soupesée par les autres candidats et la presse. Pendant ce temps-là, les autres principaux favoris, ceux qui se sont auto-désignés et sont partis en campagne plus tôt, sur l’idée du renouvellement ou de la rupture, sont beaucoup moins précis dans leurs intentions. E.Macron et M.Le Pen ont traversé ces derniers mois dans un flou artistique bien pratique. Ils n’ont pas subi le passage au laminoir de leurs concurrents puisqu’ils n’en ont pas. Ils sont porteurs, chacun d’entre eux (et l’on pourrait ajouter JL.Mélenchon) de messages identifiés mais –c’est pratique- peu détaillés. Leur personnalité, ce qu’ils incarnent, leur vocabulaire et leur façon d’être sont des atouts par rapport aux rescapés des primaires. Mais JL.Mélenchon, E.Macron et M.Le Pen vont devoir, à leur tour, préciser leur programme, passer au chiffrage, subir le fact-cheking et les évaluations. Ils vont essayer de retarder ces moments pour privilégier des généralités séduisantes. On ne peut pas dire encore si le fait d’être passé par des primaires constitue un avantage ou un inconvenant. Pour l’instant, la situation politique n’est pas très rassurante pour eux. Pour ce qui est de François Fillon, par exemple, on peut déjà constater que les primaires n’ont pas fait de lui un candidat incontestable. Le silence assourdissant des grands leaders de la droite pour le défendre à l’occasion du PelenopeGate en est la preuve.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.