On parle beaucoup de « rigueur de gauche » en ce moment. Et qui dit rigueur de gauche dit Mendès France. François Hollande fait-il du Mendès France ?

L’un des maîtres mots de la pensée mendésiste c’est la « vérité » (avec la réforme, la République, la jeunesse, la justice et la probité, la responsabilité), donc François Hollande veut que l’on pense à Mendès France quand on lit son action. Ce qui se passe aujourd’hui, autour des mesures drastiques à prendre, le gel d’une bonne partie des dépenses, est, de toute évidence mendésiste. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est de ne pas l’avoir dit aussi clairement avant. François Hollande a été clair sur les objectifs, l’équilibre des comptes en 2017, mais relativement flou, sur la part de gel des budgets que cela impliquerait. Seulement, s’il avait annoncé tout ce que dit maintenant Jean-Marc Ayrault, aurait-il était élu ? C’est ce que répond sans doute la part mitterrandienne de François Hollande ! Mendès France n’a gouverné que sept mois dans un système où le chef de l’exécutif était désigné par les parlementaires. On ne peut donc pas répondre définitivement à la question qui taraude la deuxième gauche autour de la capacité de Mendès France à être élu sur un discours de vérité. Jacques Delors, en refusant de se présenter en 95 avait, en quelques sortes, donné un début de réponse.

Mendès France, lui-même, en 1962, pensait que l’élection du Président au suffrage universel serait source de démagogie.

Oui et Mendès plus le cynisme et la démagogie, ça aurait été comme Zidane moins une jambe ! Mais François Hollande, qui vénère Mendès pour ce qu’il fut et admire Mitterrand pour son savoir-faire politique a quand même voulu se mettre dans cette double lignée d’une carpe et d’un lapin. Hollande, donc, ne dédaigne pas la dose de cynisme « nécessaire » pour adapter Mendès à la Vème République. Ce que Michel Rocard n’a jamais réussi à faire. Alors c’est vrai, François Mitterrand aussi a fait de la rigueur, dès 83 ! Mais la différence avec 83 c’est, qu’aujourd’hui ce n’est pas un revirement. C’est une rigueur mendésiste, préalable, annoncée (partiellement, on l’a vu) et assumée, pas une rigueur mitterrandienne, c’est à dire tardive, subie et niée. Alors la parole officielle pourra rajouter un qualificatif édulcorant à la rigueur pour la différencier de la rigueur sarkozienne, ou plutôt fillonnienne… Hollande dit la « rigueur juste » et c’est par la fiscalité et la mise en place d’un impôt vraiment progressif que la rigueur de gauche peut se différencier de la rigueur de droite. Pour se justifier, Jean-Marc Ayrault affirme que « l’équilibre n’est pas une fin mais un moyen ». Cela dit, un gel de budget, qu’il soit fin ou moyen a le même effet comptable et social : Mendès aurait dit sans doute non pas un « moyen » mais un « préalable ». Mais, cessons de faire parler Mendès. Pour ceux qui veulent s’y référer, je conseille un petit livre de François Loncle avec beaucoup de citations éclairantes, édité par la fondation Jean-Jaurès, intitulé, tiens, « la vérité guidait ses pas ».

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.