Ce matin, plaidoyer pour les 80 Km/h...

Ou plutôt, réquisitoire contre les arguments les plus souvent utilisés pour s’y opposer. Utilisés par des responsables politiques qui tentent de rallier une partie de la population qu’ils n’ont pas su convaincre par leurs projets sociaux, économiques ou politiques. Que disent-ils ces élus locaux de toutes tendances et les élus nationaux LR et FN ? Que ce serait une décision technocratique de Parisiens déracinés, loin des réalités, destinée à faire payer la vache à lait automobiliste. Les gendarmes, les urgentistes, les pompiers sont-ils des technocrates ? Les spécialistes de la sécurité routière du ministère de l’Intérieur, les associations de victimes sont-ils des technocrates ? La vitesse est l’élément aggravant de tous les autres facteurs d’accident. Il suffit de faire un stage de récupération de points (j’en suis à 3 stages !) pour le comprendre : ce n’est pas en ville, ni sur les routes enneigées, tortueuses de montagnes, ni sur l’autoroute, ce n’est pas la nuit que la vitesse fait des ravages, mais sur les routes de campagne, sur les trajets faciles, habituels, sans danger apparent, ceux au cours desquels on accélère en confiance. Voilà une mesure qui ferait baisser à nouveau la mortalité sur les routes de plusieurs centaines par an, une mesure qui a été expérimentée en France, qui, en plus, ferait faire des économies et participerait à la lutte contre le réchauffement climatique, une mesure qui ne comporte aucun élément idéologique… Nicolas Sarkozy, il est vrai élu francilien (donc forcément technocrate) et ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, aura eu le courage politique de rendre les radars effectifs. Des milliers de vies ont ainsi été sauvés. La droite actuelle devrait s’en souvenir ! Mais non… parce qu’il se trouve que le passage de 90 à 80KM/H comporte un élément béni des dieux pour Laurent Wauquiez… un petit ingrédient magique propre à servir sa stratégie : celle qui consiste à opposer les villes forcément bobos privilégiées aux campagnes laborieuses, siège d’une majorité silencieuse et à capter.

Quel est cet ingrédient magique ?

C’est une mesure qui va agacer les populations rurales. Quand il s’agit de réduire la vitesse sur les routes nationales, nécessairement surtout en zones rurales, il se trouve donc des politiciens avisés pour valider les arguments simplificateurs, les fausses intuitions, l’agacement légitime et transformer tout ça en fronde poujadiste. Le normalien, énarque anti-élite Laurent Wauquiez reprend ce fameux mot de Georges Pompidou «Arrêtons d’emmerder les Français !» … mot prononcé à l’époque où il y avait 15.000 morts par an et où l’on construisait des routes à 3 voies ! L’argument de la dérive technocratique, s’agissant de ce gouvernement, est certainement justifié dans bien des domaines. Dommage de la galvauder sur la question de la dangerosité de la vitesse, qui fait pourtant quasi consensus chez les acteurs de terrain ! Il parait que le Premier ministre perd beaucoup de points de popularité sur cette affaire  (pour laquelle il n’y a pas de stages de récupération) ! Ce sont des points bien dépensés puisqu’ils sauveront des vies…

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