Cédric O, secrétaire d’Etat chargé du numérique, a plaidé pour un Conseil de l’ordre des journalistes.

Et on espère qu’il a parlé trop vite ! Répétons ce qu’a exactement dit le ministre : ‘Je considère qu’il doit y avoir un Conseil de l’ordre des journalistes qui prenne des décisions et qui dise à l’Etat : vous devez retirer l’agrément de tel ou tel canard’. Tissu d’énormités. La carte de presse est octroyée par une organisation professionnelle et l’agrément par une commission paritaire presse/pouvoirs publics. On peut être journaliste sans avoir de carte de presse... si l’on travaille de façon indépendante. La frontière est assez floue, c’est vrai, surtout depuis que certains se prétendent journalistes en travaillant pour des réseaux sociaux ou des sites Internet non journalistiques. Il y a une différence importante parce que les organes de presse ont un statut d’éditeur et son soumis à un droit de la presse strict, notamment en matière de respect de la vie privée. Ils sont surtout responsables de la véracité des informations devant la justice. Les hébergeurs, sur Internet, n’ont pas cette responsabilité. C’est par là que les fake news, parfois fabriquées par des professionnels de la manipulation, s’immiscent dans le débat public. Si un journal reprend une de ces fausses informations, (par  exemple que Dominique Seux et François Ruffin, sont en couple !) il sera condamné. Le seul critère, c’est la vérité factuelle, la diffamation, l’appel à la haine. Un journaliste de l’Huma ne sera pas d’accord avec les choix des sujets, les commentaires de son confrère du Figaro mais ne dira pas que celui-ci ment. Et inversement.

Cédric O visait Russia Today, la chaîne russe très suivie sur Internet.

Sur Internet oui, mais son audience globale reste faible par rapport aux chaînes d’info continue. RT est une chaîne de propagande qui fait attention à ne pas mentir elle-même. Elle a été épinglée pour avoir trafiqué la traduction de témoins de massacres en Syrie. Elle invite des spécialistes qui nient, par exemple, les crimes de guerre russes mais il est très difficile de parler de fake news ; pendant la crise des Gilets jaunes, c’était antenne ouverte à la victimisation. Ses images étaient toujours destinées à dramatiser. La ligne éditoriale de RT ne représente pas un courant de pensée, composant du pluralisme, mais plutôt le point de vue et une ligne stratégique d’un Etat étranger peu démocratique. Mais les critères par lesquels la profession pourrait demander à ce que lui soit retiré son agrément seraient complexes, juridiquement peu sûrs et paradoxalement plus dangereux encore pour la liberté de la presse. Un conseil de déontologie de la presse  (pas un conseil de l’ordre) est en gestation. Emmanuel Hoog,  ancien directeur de l’AFP, a été chargé de l’envisager. Ce serait une instance de médiation entre le public et la presse sans pouvoir de sanction. La presse doit retrouver la confiance du public par son sérieux factuel dans un cadre très large d’opinion. Un conseil de l’ordre ne pourrait pas se mettre à vérifier les faits avec des reporters inspecteurs ! il ne pourrait juger que de l’acceptabilité d’une opinion. Ce qui serait bien sûr impensable. La liberté d’opinion est très large et c’est la loi qui l’encadre. Heureusement personne d’autre.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.