"Si je me tais, le désir de m'entendre va s'aiguiser"...autrement dit, " ce qui est rare est cher"...Fort de cette théorie, feu Jacques Pilhan avait contribué à l'époque à "présidentialiser" François Mitterrand, le persuadant que moins il parlait, plus il faisait monarque démocratique. Cela avait plutôt bien fonctionné...Si bien d'ailleurs, que JAcques Pilhan rempila à l'élysée avec Jacques Chirac en 95; la raréfaction de la parole présidentielle confina cette fois à l'absence. Sans surprise, à peine installé, Nicolas Sarkozy a rompu avec cette communication distillant le "trop peu"; et avec quel éclat, quelle outrance parfois, pour tomber dans ce qu'il est convenu de considérer comme une véritable logorrhée présidentielle... Une logorrhée active ou retenue selon les périodes, on ne va pas refaire le film des hauts et des bas, des présences/absences de Nicolas Sarkozy dans les media, pour ne s'attacher qu'au moment présent. Depuis 10 jours, il est à nouveau partout tout le temps. Allez, rien que ce matin, à 5H30, il était à Rungis pour affirmer que le chômage allait encore baisser; et en ce moment même, à l'instant précis où vous m'écoutez, il parle. Pendant une heure. Sur une autre radio. N'insistez pas, je ne vous dirai pas laquelle.. 10 minutes, et nicolas sarkozy a déjà évoqué la france qui travaille, celle qui ne manifeste pas et ne saccage pas les abribus a t il dit, il a parlé de la vie chère, du pétrole, il a dit sa volonté de diversifier les sources d'energie. Autrement dit, il a déjà été, en quelques minutes président, premier ministre, chef de la majorité, ministre de l'économie et de l'écologie, porte parole bien sûr du gouvernement et dans le laps de temps qui lui reste, il pourrait user d'autres costumes. Du coup, le débat autour du temps de parole présidentiel, initié par la gauche à l'assemblée qui en fait un des préalables au vote de la réforme des institutions, semble avoir déjà un train de retard par rapport à la réalité sarkozyenne de la pratique du pouvoir. Ce n'est pas seulement que la généralisation de la télé comme premier moyen de diffusion d'un message change la communication présidentielle, ce n'est pas seulement que le "président arbitre" de la Vème république ait laissé place à un "président présent sur le ring", et qu'il faille en tenir compte et cesser de considérer que la parole présidentielle est hors sol, comme une parole divine, transcendantale qu'on ne saurait comptabiliser, car c'est bien ce qui se passe actuellement. Non, le problème de la parole présidentielle sarkozyenne, c'est qu'elle étouffe toutes les autres paroles de son propre gouvernement et de sa propre majorité. Sa parole n'est que le reflet de sa pratique du pouvoir: il ramène tout à l'élysée, tout dans son propre bureau, s'il parle tout le temps, c'est parce que c'est lui qui FAIT. Voilà le paradoxe: en tentant de lutter contre l'étouffoir de la parole sarkozyenne ,en changeant les règles de comptabilisation du temps de parole des uns et des autres, le groupe socialiste pourrait en réalité acter la dilution du rôle du premier ministre et celui de son gouvernement. Alors, tant qu'à adapter la loi voire la constitution à la pratique d'un homme, que la gauche ait un peu d'audace et aille jusqu'au bout de son raisonnement. Qu'elle réclame égalité de temps de parole entre Nicolas Sarkozy, et elle, plutôt que de se contenter d'une règle des 3 tiers bien hypocrite. Le gouvernement et les élus UMp pourraient bien grincer des dents, au moins, cette clarification audiovisuelle aurait elle le mérite d'acter une clarification institutionnelle.

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