Les anti-mariage gay veulent continuer à mobiliser après le succès de la manifestation d’hier.

Oui… tout se passe comme si cette population (qui n’a pas l’habitude de manifester) se laissait griser par le plaisir de la masse. C’est une population qui se pensait minoritaire dans le pays (qui l’est, en réalité) mais qui vit des moments d’euphorie sans aucun encadrement politique ou syndical professionnel. Ce mouvement emprunte beaucoup, dans la forme, à toutes les nouvelles organisations citoyennes qui entendent se passer des structures classiques du militantisme. Organisations que l’on retrouve depuis longtemps, par exemple, dans les combats pour l’environnement. La droite voit apparaître ses alternatifs ! En se retrouvant en nombre sur le pavé, cette population se débarrasse de l’image qu’elle avait d’elle même, représentante d’un vieux monde. Elle passe du conservateur au réactionnaire : elle ne conserve, plus elle réagit ! Ce peuple des quartiers ouest s’encanaille et se trouve une forme d’expression moderne qui lui donne l’illusion d’être encore dans le coup. Comme le curé des années 70 découvrait avec excitation qu’il pouvait chanter son message avec une guitare électrique. Il a cru être en phase avec la société naissante mais en fait ça n’a pas empêché les églises de se vider.

C’est assez rare de mobiliser autant après le vote d’une loi.

Oui, la manifestation est, chez nous, un mode d’expression tout à fait reconnu, légitime. Elle s’inscrit presque dans le processus législatif. Une majorité qui voudrait faire passer une loi mobilisant plusieurs fois des centaines de milliers de personnes dans la rue, contre elle, une loi contestée aussi dans les sondages prendrait un énorme risque politique. En revanche une majorité peut très bien affronter une large mobilisation sur le pavé si le projet de loi reste populaire. C’est le cas de la loi sur le mariage pour tous. Le gouvernement n’a donc aucune raison politique de céder. Les organisateurs des manifs pour tous n’acceptent pas le vote des parlementaires. Ils estiment que nous ne sommes pas là dans un débat classique, dans le cadre du débat républicain, mais bien au-delà, dans un débat de civilisation. L’intrusion du religieux et des arguments sur l’impérieuse nécessité de défendre des enfants qui seraient menacés, place les manifestants dans une incapacité totale d’envisager la défaite. Le fameux « il faut savoir terminer une grève » de Thorez leur est inenvisageable. Même la promesse de certains, à l’UMP, de revenir sur cette loi ne suffit pas. Le mal sera fait dès le premier mariage ! Pour eux, la loi Taubira est un poison, non pas contre notre organisation sociale mais contre l’intime, la famille, contre les enfants, et donc les bases de notre société et contre l’innocence et la pureté ! On quitte le champ politique rationnel pour entrer dans un champ héroïque : sauver des familles et des enfants. Seul le temps, et la puissance émotionnelle des cérémonies joyeuses et chaleureuses des premiers mariages homosexuels (donc rien de politique) seront en mesure de faire taire cette minorité active de nouveaux réacs. Et de prouver que la société française ne s’effondrera pas demain parce que nous auront été le 14ème pays à autoriser le mariage et l’adoption des couples de même sexe.

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