.Quels enseignements peut-on tirer sur l’état de la recomposition du paysage politique à partir des résultats d’hier soir.

D’abord (puisqu’il s’agit d’élections européennes) soulignons –puisque le ton de la campagne a été très critique envers Bruxelles et son fonctionnement, que –malgré tout- le rapport de force entre listes eurosceptiques et listes dites ‘pro-union européenne’ est largement favorable aux secondes ! Ensuite, que disent ces résultats du paysage politique français ?  L’effondrement de la droite classique qui rejoint le PS dans la zone des scores à un chiffre consacre l’obsolescence de l’ancien clivage. Le nouveau clivage pertinent n’est, en revanche, pas encore évident. Le duopole RN/LREM ne totalise que 45%. Le clivage ‘progressiste vs nationaliste’ n’occupe pas une place assez importante dans le paysage politique de ce matin pour se prétendre structurant. Ces résultats ne sont cependant pas si mauvais pour la majorité, après 6 mois de crises sociales et politiques. Le 1er ministre peut dire au président que le maintien (peu ou prou) du niveau du 1er tour de la présidentielle lui est en partie dû, lui qui vient du centre-droit, puisque les électeurs de droite modérée ont été au rendez-vous du macronisme hier. Le flan gauche de la majorité peut prétendre, elle, que le verdissement de la liste LREM et du message porté par ses représentants a fourni un contenu au ‘progressisme’ affiché d’Emmanuel Macron. Sans ce contenu écologique, est-ce que les électeurs socialistes qui avaient, en grand nombre, voté pour Emmanuel Macron au 1er  tour de 2017, seraient restés alors que la politique menée est maintenant identifiée comme étant plutôt de centre-droit ? L’aile gauche de la macronie, très représentée à l’Assemblée, peut aussi souligner, à juste titre, que l’éventuelle réserve de voix pour un 2nd  tour en 2022 face à une extrême-droite solide mais seule et écologiste, comme nous le montre la percée de la liste Jadot. Il va donc y avoir, dans la macronie, une lutte d’influences interne passionnante pour structurer idéologiquement ce mouvement. Emmanuel Macron devra tenter de faire vivre ces deux tendances et prouver qu’elles peuvent même se compléter. C’est exactement ce qui se passe dans plusieurs landers allemands, où l’écologie et la gauche ou la droite modérée s’allient pour gouverner.

A gauche les écologistes volent le leadership à LFI.

Oui… Yannick Jadot a gagné son pari stratégique. Toutes les autres listes ont teinté leur programme et leur discours d’écologie. L’idée écologiste s’impose comme la matrice de la gauche. Les écologistes vont-ils avoir, dès lors, pour ambition de refonder la gauche ? Non. Comme le macronisme en 2017, ils ne veulent plus de ce clivage. Leur positionnement extérieur et autonome a payé. Et ils vont être intégrés à Strasbourg dans le groupe vert européen dominé par des Allemands qui fondent leur succès (plus spectaculaire encore qu’en France) sur une stratégie non pas d’alliance avec la gauche mais de remplacement de la social-démocratie. C’est-à-dire qu’ils représentent une force politique qui ne met pas en cause l’économie de marché mais veut la conditionner et la réorienter. Au total, deux visions de l’Europe et du pays s’affrontent : les nationalistes-populistes et les progressistes écologistes. Mais ce nouveau clivage non plus n’est pas encore assez marqué, pas assez englobant, pour être encore structurant. La décomposition du paysage politique se poursuit, les prémices de sa recomposition apparaissent seulement. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.