Stop covid : Questions sur l’application destinée à casser les chaines de contamination. Chacun de nous, du moins les possesseurs de smartphones, devra décider de télécharger ou pas l’application, si le parlement adopte le procédé. Ce sera un choix de citoyen. Mais on doit pouvoir émettre des doutes.

Stopcovid, validé par la CNIL comporte des garanties suffisantes selon beaucoup de professionnels du numériques, insuffisantes (ou même structurellement impossibles) selon des défenseurs des libertés.

Il a été développé par des partenaires français, les données récoltées seront anonymes, provisoires et son code-source rendu public. L’intérêt médical est discuté surtout depuis que l’épidémie diminue fortement. Les fameuses brigades, sensées retrouver les cas contacts d’une personne positive, sont en réalité, très peu sollicitées. 

Mais StopCovid pourrait surtout aider à endiguer l’éventuelle seconde vague, notamment pour retrouver les personnes  approchés, pendants au moins 15 minutes dans les transports en commun.  Cedric O, le ministre du Numérique, assure que tout a été fait pour  rendre cette application respectueuse des droits… 

Et il y a peu de  raisons de douter de l’intention du gouvernement… Peu de raison d’imaginer qu’il veuille, délibérément nous habituer à une surveillance  de masse ou contrôler nos faits et gestes. On doit pouvoir émettre des  doutes sans verser dans le complotisme, si prolifique en ce moment.

Quels doutes ?

Des doutes sur le type de société qui va avec cette application. Un monde de traçabilité individuelle consentie. Bien sûr, nous sommes déjà  largement classables, repérables, fichables, bornables par des  administrations (pour notre sécurité, notre santé) par des firmes  commerciales (pour notre confort, la fluidité de nos vies)… Nous  l’acceptons, implicitement. Quotidiennement ça nous arrange bien. Notre  mobilité est renforcée, notre efficacité aussi mais notre autonomie est, en réalité encadrée, orientée. Ce monde est déjà là. Mais cette application  est une étape de plus… 

Il y aura des débats dans les familles, entre  collègues, peut-être entre employés et patrons. Celui qui choisira de  télécharger Stopcovid sera-t-il vu par certain comme un collabo de la  surveillance de masse ? Celui qui la refusera sera-t-il traité par d’autres d’égoïste, indifférent à la santé de son prochain ? 

Le caractère facultatif –heureusement- ouvre, néanmoins la porte à une  pression sociale, puisque l’intérêt de la chose dépend aussi de son taux  de téléchargement. Mais le principe même du traçage personnel peut  rebuter ! 

On peut ne pas vouloir que soit récolté (même de façon  cryptée) les identifiants de ceux que l’on a approché à moins d’un  mettre… Ne doit-on pas avoir le droit de mentir (sauf si on est  soupçonné d’un crime)… de mentir sur les lieux que l’on a fréquenté, le droit, sans être un mauvais citoyen, de se promener sans portable, c’est-à-dire sans être relié au reste du monde. I

l n’est pas illégitime, ni irrationnel, devant des arguments techniques imparables d’opposer une intuition dubitative, un sentiment confus mais sûr que la liberté  individuelle est sans cesse grignotée pour de bonnes raisons d’opposer  le refus d’un glissement progressif vers un monde de contrôle personnel  et collectif permanent.

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