Bruno Gaccio est accusé par ses co auteurs d'avoir confié dans une interview qu'il faisait campagne "contre" Sarkozy. Ce dont il se défend aujourd'hui. Les caricaturistes ont-ils le droit de faire rire en choisissant leur camp ? Il y a parfois des réputations inébranlables. "Les Guignols de l'info ont fait gagner Jacques Chirac en 95". Voici exactement le type de réputation inébranlable. Depuis plus de 10 ans, les auteurs de ce programme télé s'en défendent, les études scientifiques manquent pour prouver une telle assertion, tant pis "les guignols ont fait gagner Chirac!" Il faut avouer qu'ils avaient rendu pour le moins sympathique ce personnage de looser, aux poignards plantés dans le dos par les traitres, et qui battait une campagne perdue d'avance en répétant "mangez des pommes". L'expression devint un tel gimmick, qu'aujourd'hui encore, on se demande si ce n'était pas le vrai slogan de Chirac. En 2002, jurant qu'on ne les y reprendrait plus, les guignols firent du président sortant à nouveau candidat, "Super menteur" ! Pas franchement flatteur le surhomme, même si les auteurs ne pouvaient se départir à son égard d'une certaine tendresse face à un Jospin terne et besogneux. Et puis patatras, 21 avril, émergence de Le Pen : et si les guignols avaient participé au discrédit de la politique ? Aujourd'hui les guignols sont repartis en campagne. Le traitre d'hier, Nicolas Sarkozy, est désormais le candidat "calme cool zen" en col roulé, qui se bourre de lexomil pour ne pas s'énerver. Le trahi d'hier, Jacques Chirac, reste rancunier comme pas deux, Ségolène Royal chantonne régulièrement son programme rose, François Bayrou, annone en attendant impatiemment l'âge de la puberté, pour jouer dans la cour des grands. Alors ce traitement de la campagne aura-t-il une incidence sur le vote ? Un sondage Ipsos de janvier dernier, indique qu'une personne interrogée sur 2 croit que les guignols auront une influence sur le scrutin. En fait, rien ne prouve que les électeurs modifient leur vote en fonction des caricatures, mais c'est vrai que les guignols par exemple, forgent et fixent une image médiatique. Faible ou fort, traitre ou loyal, benêt ou fulgurant, le qualificatif dominant colle à la peau du personnage comme de la personne qu'il représente. C'est vrai des guignols, comme d'autres. Nicolas Sarkozy par exemple s'était ému auprès de Plantu, de la vilaine mouche qui accompagnait systématiquement ses portraits à la Une du Monde; trop lourd à porter, disait-il, dans le regard des gens. Alors, question initiale, les caricaturistes peuvent-ils servir la cause d'un candidat ? Et bien dans l'histoire, le magazine "Historia" le rappelle ce mois ci, les chansonniers et dessinateurs furent rarement neutres. Le dessin de presse notamment fut souvent une arme, à l'usage contestable d'ailleurs. De la caricature patriotique, aux charges antisémites en passant par le dessin destiné à bouffer du curé. Le rire est partial, le rire est cruel, le rire est outrancier, il ne peut être inoffensif... Les guignols en version light ça n'existe pas. La seule limite de leur engagement partisan, c'est de faire rire. Ils ne sont pas une pythie médiatique du résultat final, juste une bouffée d'oxygène.

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