L'écrivain Christophe Donner publie cette fois non pas un roman mais un curieux livre politique. « 20.000 euros sur Ségo », c'est le titre. Christophe Donner y parle du congrès socialiste de Reims à la façon d'une course hippique. Donner est écrivain mais aussi chroniqueur hippique et grand parieur. Il a eu l'idée saugrenue de suivre ce congrès en turfiste et de parier sur le gagnant. Et c'est aussi ce qu'il a fait dans la réalité. Il a misé 20.000 euros sur Ségolène Royal, auprès d'un bookmaker de Londres. La cote du cheval Royal a oscillé entre 2 contre 1 à 4 contre 1. Ce qui nous intéresse ici, c'est, bien sûr, le regard, clinique, presque vétérinaire d'un observateur étranger au PS et qui est intéressé matériellement par le résultat du congrès. Dans la vraie vie, Christophe Donner est royaliste. Pas royaliste au sens post 2007, rien à voir avec la patronne du Poitou-Charentes, non royaliste, monarchiste, c'est une sorte de royalisme littéraire, un peu anar. C'est important de le souligner parce que ça lui permet de regarder le processus démocratique de la désignation du chef du PS sans inclinaison partisane. Avant de choisir Royal, il a fait le tour des écuries et a soupesé les qualités et les défauts des favoris. C'est d'une délicieuse cruauté pour les vedettes politiques, c'est une tendre cruauté pour les militants de base. Pour se faire une idée, Christophe Donner, a assisté à des réunions préparatoires au congrès. Il découvre très vite que le grand favori, Bertrand Delanoë est un bourrin qui ne finira pas la course « il me fait penser, dit-il, à ces chevaux qui comptent, qui se regardent trotter : ils ont peur de se tromper dans leurs allures, la peur les fatigue. Delanoë avait cette peur, elle inspirait chacune de ses paroles, guidait chacun des ses gestes. » Fermez le ban. Sur Martine Aubry grosse erreur d'analyse ! « Le cheval qui se fait oublier dans le peloton, dit Donner, c'est comme ça que Martine nous a embrouillés ». Il choisit Ségolène Royal pour son charisme et parce qu'elle ose tout. Juste avant le discours de Ségolène Royal au congrès, le parieur est sûr de lui, il explique : « elle est tête et corde, Ségolène n'avait qu'à tenir comme ça jusqu'au poteau sans faire de faute » Dans ce livre, il n'y a quasiment que de la politique. Et on n'est pas du tout dans l'idée à la mode selon laquelle la politique n'est qu'une course de chevaux, une compétition d'égos ou de talents sans idées ni projets. La position particulière de l'auteur lui fait appréhender l'action politique et le théâtre du pouvoir avec des capteurs originaux c'est tout. Par exemple : la faute de Ségolène Royal, c'est le discours de Reims. Le parieur suit ce discours comme la dernière ligne droite, haletant et vu par ses jumelles de turfiste informé. L'analyse est limpide, très politique : juste avant le poteau, le cheval (enfin la candidate) retombe dans son travers favori, elle fait un prêche « il nous faut nous soigner, dit-elle, de tous ces chagrins et parfois même de ces offenses. » Plus loin « Il va falloir nous pardonner ». « Offense et pardon » ! Les deux mots qu'il ne fallait prononcer. « En faisant ça, Donner le sent, il l'observe l'assistance troublée - en faisant ça dit-il, elle venait d'offenser le culte laïque du PS sans rien pardonner à ceux qui l'avaient offensée » Quel suicide ! C'est exactement à ce moment là qu'il comprend qu'il perd ses 20.000 euros. Ça aurait pu être un livre cynique et gratuit c'est un livre étrange, drôle et éminemment politique. LIVRE : « 20.000 Euros sur Ségo », par Christophe Donner, Ed. Grasset.

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