Hier, Nicolas Sarkozy a défendu les forces de l’ordre, critiquées après l’affaire de Toulouse.

Oui, c’est son rôle. Mais il y a dans la façon dont il s’exprime sur le sujet, comme une injonction à ne pas poser de questions. C’est un travers classique chez les gouvernants que de faire taire la critique en jouant sur son indignité face à l’honneur des soldats et des policiers. Ça fleure bon la grande époque militariste où, en France, critiquer l’uniforme était considéré comme un blasphème contre la Nation. Hier donc, Nicolas Sarkozy a dit ceci : « il est indigne de mettre en cause l’action des forces de l’ordre qui ont risqué leur vie ». C’est beau comme du Déroulède ! On ne peut donc pas mettre en cause l’action des forces de l’ordre… pourquoi ? Parce qu’elles ont risquées leur vie. Si le fait de risquer sa vie devait vous exonérer de critiques, de réflexions, de retours d’expérience, alors on devrait carrément interdire toutes les enquêtes parlementaires ou journalistiques sur l’armée et la police en général. En réalité il y a très peu de critiques sur la tentative d’interpellation de Mohamed Merah. Cette tentative est objectivement un échec puisque le but était de l’attraper vivant mais c’est vrai qu’il serait mal venu de le reprocher aux forces de l’ordre puisqu’ils avaient à faire à un illuminé qui voulait mourir les armes à la main. Cependant de nombreux policiers de la PJ, hors micros, critiquent la façon dont le RAID a reçu l’ordre d’interpeller, à son domicile, de cette façon, l’assassin de Toulouse et de Montauban…il y a des questions à se poser.

Les critiques se concentrent surtout sur le rôle de la DCRI qui n’a pas su empêcher ses actions terroristes.

Oui, et là aussi, il serait indigne de soulever quelques interrogations si l’on en croit le Président. Comme s’il était interdit de se poser des questions sur le fait qu’un jeune Français musulman qui a fait plusieurs voyages au Pakistan et en Afghanistan et qui vivait manifestement très au-dessus de ses moyens ne soit pas mieux surveillé que les épiciers alternatifs de Tarnac. Il y a bien sûr des tas de questions à se poser sur la bonne utilisation des moyens de la DCRI. Le risque zéro en matière de terrorisme est illusoire mais il ne devrait jamais être interdit de s’interroger. Cela dit, nous sommes une démocratie adulte et cet interdit moral n’empêchera rien. Il est proclamé pour des raisons électorales, pour mobiliser le noyau dur de la droite et contenir les tentatives de récupération du drame par Marine Le Pen. Il se résume dans la formule d’Eric Ciotti, chargé de la sécurité à l’UMP, qui affirmait dans Le Figaro d’hier : « le PS n’aime pas la police ». Hier d’ailleurs, l’ensemble du propos présidentiel, lors de la visite de Nicolas Sarkozy dans le Loiret était d’une facture très droitière… Le compte tweeter du candidat Sarkozy débitait le discours en tranches de 140 signes, il égrainait des sortes de haïkus des plus conservateurs, comme celui-ci par exemple, après la police, la religion (on est dans le sabre et le goupillon)…Je cite : « je crois aux racines chrétiennes de la France ». Vérité historique rappelée et soulignée fort à propos. Finalement, le recentrage opéré avec la visite de terrain en compagnie de Jean-Louis Borloo lundi n’aura donc duré que quelques heures, le temps d’offrir une occasion à Jean-Louis Borloo de rentrer dans le rang… Le recentrage reviendra puis repartira au gré des besoins d’une campagne qui semble, du côté du Président, et compte tenu des circonstances, largement improvisée… Ce qui ne veut pas dire forcément inefficace.

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