De nouveaux affrontements ont éclaté hier soir à Villiers le Bel et dans plusieurs communes du Val d'Oise entre jeunes et forces de l'ordre. Des scènes qui ont un air de "déjà vu". Les mêmes images qu'il y a 2 ans. Des voitures qui brûlent, des face à face violents, flashballs contre couvercles de poubelle, des cassages, des caillassages, des coups de feu échangés, des tirs à la grenaille souvent, des balles de gros calibre aussi parfois, puisque l'une d'elles a blessé un policier. Les mêmes images en pire explique un élu local, parce que pour la première fois, on s'en prend aux personnes physiques. En 2005, les émeutiers en étaient restés aux dégradations de biens. Lundi soir, c'est du "flic" et du "pompier" qu'ils avaient envie de "casser" témoigne-t-il. "Le commissaire de Sarcelles, j'ai cru qu'ils voulaient le tuer" raconte cet élu encore sous le choc. Tout ça pour quoi ? Tout ça après en tout cas, un dramatique mais banal semble-t-il, même si cela reste à confirmer, accident de la circulation, entre une voiture de police et deux jeunes sur leur mini moto. Dramatique parce que cet accident s'est conclu par la mort de ces deux jeunes gens. Dramatique parce qu'il provoque à lui seul ce soudain embrasement. C'est Claude Dilain, le maire de Clichy qui, il y a deux ans, avait usé de la métaphore de la poudrière et de l'étincelle. Depuis, il n'y avait pas eu d'étincelle et chacun d'entre nous, je veux dire, tous ceux qui ne vivent pas dans ces quartiers, avait eu envie de croire que la poudrière avait aussi disparu. Or depuis 2005, qu'est-ce qui a changé ? Rien, sauf que c'est pire encore une fois, explique le maire d'une des communes théâtre d'affrontements. "La seule chose positive vraiment entreprise, dit-il, la rénovation des quartiers par la loi Borloo, les habitants ne la ressentent pas encore. Le vaste programme de démolition/reconstruction en est d'ailleurs surtout à sa première phase. Quant au reste, le taux de chômage des jeunes n'a pas baissé, il tourne autour de 30% pour la génération des 25/30 ans, la discrimination à l'embauche n'a pas reculé, les problèmes de pouvoir d'achat dont vous vous gargarisez dans les beaux quartiers, explique-t-il, sont ressentis ici plus durement qu'ailleurs, et la police est toujours là, ou plus exactement, la police de proximité n'a toujours pas été rétablie. Résultat : la haine explose" affirme ce maire. Depuis lundi, c'est cette haine de quelques uns qui nous éclate à la figure et qu'il faut réprimer. Mais cette haine là, on refuse de la soigner en profondeur. La preuve, avancent plusieurs maires toutes tendances politiques confondues, de ces communes dites "difficiles" mais surtout plus pauvres que les autres, dans le budget 2008 de la France, le gouvernement leur sucre au passage 30 millions d'euros. 30 millions d'euros pris sur la Dotation de solidarité urbaine, et qui auraient du aller directement dans l'escarcelle de ces communes. Et oui, drôle de pays où tout candidat à la présidentielle promet au moins, un "plan Marschall" des banlieues, mais qui au jour le jour, préfère mettre le couvercle sur la pétaudière. A renfort de policiers, mais sans un fifrelin de plus. Alors, d'ici quelques mois, janvier, a-t-il promis lui aussi, le président de la république présentera son fameux plan Marshall, concocté par Fadela Amara. Rompra-t-il avec la pratique et la philosophie qui ont été les siennes au ministère de l'Intérieur ? Il faut l'espérer, car sinon, comment croire au changement ? En attendant, les maires des villes concernées s'apprêtent à mener une action symbolique, peut être mettre en berne les drapeaux de leur mairie, pour qu'on leur rende au moins leurs 30 millions d'euros. Tiens oui, si on commençait par ça ? Ce qui est terrible, c'est qu'ils ont plus de chance d'être entendus aujourd'hui qu'hier, une prime à la violence en quelque sorte. Est-ce bien raisonnable de gouverner comme ça ?

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