Les sabotages des voies de TGV et l'identité des jeunes gens mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». En invoquant le terrorisme et l'ultra gauche, le juge Thierry Fragnoli et la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, ont couvert le son d'un petit flûtiau avec la fanfare de la légion étrangère ! Si c'est vraiment les interpellés de Corrèze qui ont dégradé les lignes de TGV et causé de nombreux et coûteux retards à la SNCF, si c'est vraiment eux, ils sont démasqués, tant mieux ! Mais le discours qui a accompagné cette opération, le discours du gouvernement et aussi, dans la précipitation, le notre, les jours qui ont suivi, s'avère, en total décalage avec la réalité. Tout le vocabulaire policier laissait supposer que l'on était en présence d'une bande de terroristes hyper pro façon ETA ou que l'on avait à faire à de nouveaux Rouillant et Ménigon. « Rendez-vous compte », nous dit-on, « ils étaient en possession de matériel d'escalade ! » (c'était l'échelle de la ferme dans laquelle ils habitent), et ils étaient en possession d'un livre intitulé « L'insurrection qui vient », signé d'un mystérieux Comité invisible. On peut comprendre que le policier qui met la main sur cet ouvrage soit intrigué, mais très vite, le ministère de l'intérieur aurait dû savoir de quoi il s'agissait. Il se trouve que dans ma bibliothèque, chez moi, j'ai ce livre - c'est vrai que je m'intéresse un peu à la politique. C'est un livre assez vaseux dont les auteurs tentent de persuader, entre autres, que les émeutes de 2005 étaient des actions annonciatrices de révoltes plus larges. Les auteurs sont plutôt des écolos sensibles au romantisme communard. Je l'ai trouvé à la FNAC - pas sous le manteau - ne venez pas m'arrêter tout de suite, je le jure je ne l'ai pas lu jusqu'au bout, c'est assez rasoir ! Il n'y a pas de quoi qualifier les 10 interpellés de terroristes et l'ancien juge anti terroriste, Gilbert Theil, ne disait pas autre chose dans « Libération » hier. L'enquête dira si ce sont des saboteurs qui avaient bêtement décidé de s'attaquer à un symbole de la consommation, du nucléaire et de l'Etat : le TGV ! Mais ils n'avaient évidemment pas d'armes, ils ont tous un casier judiciaire vierge, ils ne se cachaient pas du tout, aucun d'entre eux n'est le chef. Ils vivaient au grand jour dans le village de Tarnac en Corrèze et dans la détestation de la société du fric et de la pub. On peut les qualifier de rêveurs, à la limite (s'il s'avère que c'est eux qui ont endommagé des caténaires) les qualifier de saboteurs et d'irresponsables, la justice devra peut-être les condamner pour ça, mais ce ne sont pas des terroristes. Malheureusement pour la gloire de Michèle Alliot-Marie, elle ne vit pas l'époque épique d'Action Directe ou de Jacques Mesrine. En attendant, 5 personnes sont toujours maintenues en détention en vertu du dispositif anti-terroriste. Les maisons de leurs amis, leurs familles ont été perquisitionnées avec une débauche de moyens visiblement disproportionnés. Pourquoi cette débauche de moyens ? Il y a ce dispositif judiciaire et policier anti-terroriste. Il est peut-être utile pour lutter contre le terrorisme, mais en matière de sécurité, les gouvernements résistent rarement au déploiement maximal et médiatisé de leurs arsenaux. Je vais prendre une image qui va parler aux gastronomes : offrez une tronçonneuse à Alain Ducas, il ne découpera pas sa volaille avec pour autant. Offrez un arsenal antiterroriste à un ministre de l'intérieur, il y a toutes les chances pour qu'il s'en serve contre les alter mondialistes, les squatteurs voire les entarteurs ! Pendant les années Bush, aux Etats-Unis, les défenseurs des libertés avaient pris l'habitude de dénoncer le patriot-act en citant ce célèbre mot de l'ancien président américain Thomas Jefferson : « Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l'une ni l'autre.»

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.