**La France retrouve modestement le chemin de la croissance et c’est un moment politique compliqué !Oui, paradoxalement c’est quand certains spécialistes (on l’a vu hier matin avec nos invités) qui ont de très bons yeux, commencent à dire qu’ils entrevoient la fin de la crise…c’est à ce moment là que le terrain politique devient particulièrement glissant pour les gouvernants. L’Elysée va être devant un dilemme. Il faudra bien tenter de tirer un peu profit d’un retour, même modeste de la croissance. Techniquement nous ne serons plus en récession. Mais, en même temps le chômage va augmenter. Cette année et l’année prochaine puisque l’on considère généralement que pour inverser la courbe du chômage, il faut atteindre un taux de croissance de 1,5% par ans. On n’y sera pas en 2010. Comment, dans ces conditions être entendu lorsqu’on dit que la crise est finie si le chômage ne baisse pas. Les indicateurs économiques et les indicateurs sociaux ne sont pas raccord et pour l’opinion les deux seuls critères qui comptent, c’est bien sur le pouvoir d’achat et l’emploi. Le retour à la croissance n’assure pas non plus une réduction des inégalités. Depuis une vingtaine d’années la croissance engendre même un surcroit d’inégalités. Les capteurs sur lesquels se basent la plupart des hommes et femmes politiques mais aussi des commentateurs politiques et économiques, pour évaluer l’état de l’économie, ne sont pas les mêmes que ceux qui renseignent la population en général. Le risque d’écart entre le discours politique, le ton des grands médias, et ce que ressent l’opinion s’accroit souvent dans ces périodes. Le choix des mots utilisés par le pouvoir est donc primordial et complexe à la fois parce que pour hâter la sortie de crise, il faut booster l’optimisme, moteur de la consommation, elle-même moteur de la croissance. Or, pour booster l’optimisme il faut affirmer que tout va aller bien. La déception risque d’être au rendez-vous puisque la croissance, même si elle revient ne fera pas baisser le chômage de sitôt. Si, au contraire, le gouvernement décide d’opter pour un discours type «du sang et des larmes» plus réaliste…il prendrait le risque de freiner la reprise en distillant du pessimisme. C’est un peu la quadrature du cercle. Evoquer la reprise pourrait aussi encourager les revendications sociales…Oui, c’est la crainte du gouvernement. Le réveil des revendications risquerait donc de se fracasser sur le mur de la rigueur. Et nous voilà devant un autre problème de discours. Un obstacle sémantique…la fameuse « rigueur ». Nicolas Sarkozy l’assure, il n’y aura ni augmentations d’impôts, ni rigueur. Cette double affirmation combineée avec le souhait affiché de ne pas laisser filer les déficits est aussi crédible que d’affirmer que l’on va gagner la coupe du monde de foot avec le quinze de France de rugby. Ce n’est pas possible, tout le monde le sait. La solution quand on ne veut pas qu’une réalité ne soit pas trop apparente, hé bien c’est de changer l’acception des mots, appeler son chat « Médor »…il va donc falloir que Nicolas Sarkozy et ses grands spécialistes en communication trouvent un autre mot pour « rigueur ». Déjà « rigueur », qui, en soit est un mot positif (la rigueur c’est bien) « rigueur »était un mot déguisement : Pierre Mauroy, en 1983 doit changer de politique. Il serre la vis sociale. Pour ne pas reprendre le mot qui avait qualifié le même genre de politique sous Raymond Barre, et que la gauche avait combattu…le mot « austérité », un mot, vous en conviendrez assez effrayant, il avait déguisé l’austérité en « rigueur ». La « rigueur » de 1983, 84, 85, 86 s’est traduite par une explosion du chômage et une défaite électorale en 86. Donc le mot a pris une acception très négative. Du coup voila Nicolas Sarkozy obligé de déguiser le déguisement ! Comment va-t-il nommer la rigueur pour la cacher. Nous nous ferons un plaisir de le révéler quand il aura trouvé…et à mon avis, ça ne saurait tarder !**

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