Lucien Neuwirth… l’homme qui a fait voter la loi autorisant la pilule en France est mort. Le grand public (surtout parmi les plus jeunes) n’a pas forcément retenu son nom.

C’est vrai pourtant c’est un nom important dans l’histoire des progrès concernant ce que l’on n’appelait pas encore (en 1967) les « questions sociétales ». Il n’est pas inutile de s’arrêter un peu sur le cas Neuwirth pour rappeler que la loi, la politique peut être aussi source d’élargissement des libertés. Alors que depuis des années de crise permanente on a l’impression que la quasi-totalité de l’activité politique n’est pas spécialement d’accompagner l’évolution de la société mais de l’adapter aux nouvelles contraintes. Adapter plutôt que faire progresser… Réduire les coûts, rationaliser, rendre plus efficace, plus compétitif… voilà ou passe l’énergie législative. Cette activité nécessaire ne peut cependant pas être assimilée à la notion de progrès telle que la philosophie des Lumières la définissait. Le concept de progrès semble s’être cantonné, ces dernières décennies, aux avancées techniques, pour améliorer le confort, la santé et rester dans la course des nations. Les conquêtes humanistes, caractérisées par de grandes lois, sont de plus en plus rares. Aucune avancée significative sous les présidences Chirac et Sarkozy hormis peut-être le Pacs en 1999 sous l’impulsion de Lionel Jospin… Les lois sociétales se contentent désormais de protéger contre des régressions : loi condamnant les propos racistes, lois contre le voile intégrale, ou alors des lois sanitaires de restrictions et de limitations, aujourd’hui peut-être pénalisation de la prostitution. Ces lois ont certainement leur utilité protectrice mais elles n’élargissent que très rarement le champ des libertés.

Il y a eu le mariage pour tous quand même !

Oui, c’est la dernière avancée consacré par une loi. Le cas de la loi Neuwirth est particulier parce qu’elle a été votée (comme la loi Veil sur l’avortement quelques années plus tard) sous l’impulsion d’un député faisant partie d’une majorité qui n’était pas prédestinée à accomplir cette avancée. Une majorité conservatrice. Lucien Neuwirth, Gaulliste, est un jeune élu de la municipalité de Saint-Étienne, juste après la Guerre. Il siège à la commission des divorces de sa ville et prend conscience des drames humains que provoquent les naissances d’enfants non désirées. La contraception deviendra le combat de sa vie. Plus tard, il fera le siège du général De Gaulle pour le convaincre. Quoi de plus touchant que d’imaginer ce vieux général, profondément conservateur, un peu anachronique en cette fin de décennie, cet homme né au XIXème siècle qui ne comprendra rien aux événements de 68, réfléchir, s’extirper de sa mentalité de vieux catholique traditionnel pour répondre enfin au député insistant : « c’est vrai Neuwirth, transmettre la vie, c’est un acte important. Il faut que ce soit un acte lucide. Continuez ». Aujourd’hui, il y a des conservateurs qui ont la même compréhension du mariage pour tous. La loi Taubira est née, comme le droit de vote des femmes, le droit à l’avortement, l’abolition de la peine de mort, et comme la loi Neuwirth, dans le tumulte avant d’être très largement admise. D’ailleurs, qualifier de « progrès humain » le droit au mariage pour les homosexuels, c’est encore vécu par beaucoup de gens comme une agression. C’est la preuve que le progrès est une matière vivante et fragile, qu’il faut parfois accompagner et consolider avec la loi.

Pour aller plus loin :

> Parlez-moi de votre combat pour la pilule

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