Le FN est en congrès le weekend prochain.

Et pour bien comprendre où en est ce parti, il faut revenir à sa création en 1972. A cette époque, et même si le FN reste groupusculaire jusqu’au début des années 80’, Le Pen arrive, par son bagou autoritaire de dictateur lettré, à unir 4 branches de l’Extrême droitesociologiquement distinctes : La vieille France catholique-traditionnelle-post-maréchaliste ; les poujadistes commerçants et patrons de PME ; les nostalgiques de l’Algérie française, et une poignée de jeunes fasciste-païens, crânes rasés. Le Pen réussit à incarner ces 4 cultures autour de deux axes : la haine de la République selon la tradition légitimiste et la xénophobie avec un fond de sauce antisémite. Cet agglomérat tenait le FN loin de toutes possibilités d’alliance avec la droite républicaine et gaulliste. Sa culture protestataire hétéroclite charriait des personnalités sulfureuses, révisionnistes, affairistes, inaptes, en fait, à la vie démocratique (on l’a vu avec les dérapages incessants et les dissensions parfois violentes entre les 35 députés FN élus entre 1986 et 1988). Jean-Marie Le Pen a sauvé sa maison à la faveur de la crise en dénonçant l’impuissance des dirigeants de « l’establishment », comme il disait. Jusqu’au 21 avril 2002. Mais ce vieil agitateur ne voulait pas le pouvoir… Que pourrait-il faire, lui, d’un pouvoir démocratique ? Il fallait une relève.

Et c’est Marine Le Pen : une autre extrême droite.

Oui, et c’est une erreur de croire que le marinisme n’est qu’une réplique maquillée et banalisée du jean-marinisme. Le Pen-fille fédère un marais beaucoup plus large, fait de panique identitaire et sociale autour, elle aussi, de deux axes : la contestation de l’Europe qui est assimilée à la destruction de la Nation. Le racisme ethnicisé, qui n’est plus « assumable » dans un monde ouvert, est remplacé (c’est le deuxième axe) par le rejet de l’islam, facilement alimenté par la barbarie jihadiste. La République n’est plus rejetée. Elle est revendiquée ! La laïcité n’est plus honnie, elle est brandie, non pas pour combattre l’obscurantisme, mais pour stigmatiser les musulmans. Marine Le Pen, entourée d’ex-chevènementistes ou gaullistes-souverainistes, prône une République nationaliste, autoritaire et sociale… mais une République ! Cette différence avec son père est fondamentale. Elle aboutit à ce que la distance qui la sépare du reste de la classe politique n’est plus qu’une distance de degrés. Alors qu’entre le FN de Le Pen père et le RPR ou la gauche, il y avait la République, donc une différence de nature. La porosité de tous ces électorats est donc naturellement plus forte aujourd’hui. Les discours suivent. Il suffit d’écouter Nicolas Sarkozy en ce moment. La suite logique c’est une recomposition de toute la droite. Mais le combat politique qui se profile entre Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen (qui renoue avec les formes plus classiques de l’extrême droite) prouve que Marine Le Pen n’en a pas fini avec les vieux démons légitimistes et réactionnaires. Etrangement –et signe des temps- ces vieux démons, qui peuvent être son plafond de verre lui barrant la route du pouvoir, lui reviennent par la génération d’après.

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