Vous revenez ce matin sur l’affaire Fillon. Il n’est plus question de complot.

Non, Patrick Stéfanini, l’ancien directeur de campagne de François Fillon, a écrit un livre assez circonstancié. Il ne fait pas mention du complot. François Fillon lui-même a fait ses adieux à la scène politique, c’est donc le moment de faire un sort à un fantasme. Fillon, avait promis avant l’été, et la main sur le cœur, de nous révéler les dessous (noms et dates) du complot ourdi contre lui. Rien n’est venu. Ni noms ni dates. Bien sûr, les complots en politique ça existe ! L’histoire en est jalonnée : de l’affaire de la voyante Catherine Théot pour mouiller Robespierre à Clearstream en passant par l’affaire Markovic montée contre Pompidou. Ces petits ou grands coups-montés, finissent généralement par être sus! Mais l’explication par le complot est une mode renaissante. Nous avons tendance à « Houseofcard-iser » la politique. Tendance favorisée par les élucubrations des réseaux sociaux. La défiance générale envers les médias et les politiques, constitue un terrain favorable au complotisme de ceux qui sont à court d’arguments ou d’informations. La veine antisystème en est aussi un puissant vecteur. François Fillon, pendant la primaire de son camp, se posait pourtant en candidat raisonnable, refusant de flatter la fibre antisystème en vogue. Il incarnait le notable assumé, pondéré dans l’expression et honnête, en opposition à la posture tapageuse Sakozienne de 2017. Mais une fois mis en cause, Fillon a, avec son appel au peuple au Trocadéro, changé de personnage et s’est vite réfugié dans la facilité démagogique qu’il exécrait avant. Facilité, réflexe, que l’on retrouve maintenant à chaque mise en cause, ces « suivez-mon regard » ces « comme par hasard, je suis visé par le système au moment où je deviens dangereux», sont, on s’en aperçoit à l’usage, rarement efficaces. Mais le pire c’est que bien des journalistes relaient l’air ou le ton de ceux qui croient savoir mais ne peuvent encore rien dire, ce doute pernicieux. Doute autrement plus romanesque qu’une histoire simple de politicien profiteur, ancré dans les usages d’avant. 

L’affaire Fillon est en fait d’une simplicité biblique ! 

Oui simple et donc dévastatrice : en gagnant la primaire, François Fillon devenait candidat et devait, à ce titre, rendre public la source de ses revenus. Il suffisait de lire cette déclaration de ressources pour pointer les revenus de Pénélope Fillon, attachée parlementaire que personne n’a jamais croisée à l’assemblée. Pas besoin de cabinet noir ni de gorge profonde pour que les journalistes mènent vite et bien une enquête simplissime. Ceux du Canard ont été les plus prompts. Qu’ils aient été aussi alimentés par des opposants ou des concurrents, c’est probable et dans la nature des choses. Mais, sauf preuve du contraire (que François Fillon est incapable de fournir), il ne s’agit pas d’un complot. Les quelques gouttes de dissolvant complotiste que le candidat (en détresse, il est vrai) a distillé en guise de défense, ce mensonge qui s’ajoute à tout le reste, est une mauvaise façon faite à la crédibilité du monde politique, à celle des journalistes et donc à quelques rouages de la vie démocratique du pays. 

   

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