Les gilets jaunes s’organisent...

Et nous vivons, en observant cette tentative d’organisation, un moment démocratique, disons baroque, une expérience de prise de parole d’une partie de la base du pays assez symptomatique de la crise de la représentation. De façon très imparfaite, créant, par nature mécontentements internes et divisions, les Gilets Jaunes ont désignés huit porte-paroles qui refusent d’ailleurs ce terme qui ferait trop penser à un début de hiérarchie et donc de normalisation. Huit ‘communicants’ disent-il, donnant une nouvelle acception à ce terme. Ils ont été désignés selon des règles qui ne respectent pas les canons des organisations classiques. Mais ils ont été désignés et sont acceptés comme tels par les médias qui ont aussi besoin de voix estampillées à qui tendre leur micro ! Le gouvernement, pour l’instant fait la moue mais il y a un moment où il lui faudra un interlocuteur. On ne négocie pas avec une masse mais avec des individus. Même si leurs revendications semblent encore beaucoup trop générales.

Et donc inacceptables par le pouvoir !

Et même impossible à mettre à l’ordre du jour d’une discussion avec le moindre préfet. Une baisse générale des taxes, la création d’une assemblée citoyenne, puis des référendums sur ce que cette assemblée aura décidée… Pourquoi pas l’annexion de la Ruhr ! C’est une série d’hérésies qui dit la béance du fossé entre une partie de la population et le monde officiel. Et comme toutes les tentatives de récupérations du mouvement par des forces politiques classiques (donc qui savent le cadre dans lequel on peut agir) ont échouées, eh bien, il n’y a, parmi les ‘communicants’, personne qui connaisse (et veut connaitre) les codes de la négociation. A tel point que l’un des communicants, soupçonné d’avoir été à la CFDT est sur le point d’être désavoué par les 7 autres ! Il y a maintenant 2 chemins possibles : soit ce mouvement continue à se structurer et crée de vrais processus de décision. Et alors il deviendra ce qu’il dénonce : un parti, une organisation constituée. Soit il entretient sa fraicheur amateur, il assume de ne représenter qu’une colère, ne proposant que l’impossible... pour bien souligner, par l’absurde (mais non sans la pertinence de la chose vécue) que le pays de la Révolution et de l’égalité ne peut plus continuer à voir se creuser les injustices et que la grande transition qui vient ne peut pas se faire sur le dos des plus fragiles. Ces deux voies ne dessinent pas d’issues claires ! La verticalité macronnienne est vue comme une trahison de la promesse de campagne de s’appuyer sur ce qui se vit au plus proche du terrain. Ce top-down (de haut en bas) a échoué. La verticalité est renversée par la colère brute venue d’en bas. On peut, pour l’heure, établir un constat : le président n’a pas régler la crise démocratique que vit notre pays... loin de là. Il n’est pas trop tard pour tenter d’y remédier... La façon dont seront prises les principales mesures pour assurer une vraie transition énergétique commencera à nous renseigner sur ce qui reste à Emmanuel Macron de capacité à incarner le nouveaux monde qu’il prétendait faire émerger...

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.