Gérald Darmanin veut révoquer les quatre policiers dans l’affaire de la bavure du XVIIIe arrondissement de Paris. Et la question est de savoir s’il s’agit de cas isolés ou si les violences policières sont maintenant inhérentes à la politique du maintien de l’ordre, toujours plus autoritaire depuis de des années.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin © AFP / Thomas Coex

La police serait-elle structurellement portée à devenir plus violente ? 

Autrefois, Charles Pasqua, pape sécuritaire, parlait de ‘brebis galeuses’, aujourd’hui Gérald Darmanin préfère ‘policiers qui déconnent’. Des mots, des styles, des époques différentes pour minimiser le racisme et la violence de trop de fonctionnaires de police. De multiples rapports d’organisations des droits de l’Homme, françaises ou étrangères, ciblent régulièrement notre police, plus que celles d’autres pays comparables. Sans effet.

Les derniers ministres de l’Intérieur ont toujours choisi l’escalade de l’équipement, de l’armement, des protections judiciaires et politiques de la police. En 2017, souvenez-vous, on débattait du récépissé de contrôle pour éviter le contrôle au faciès et les abus. Impensable aujourd’hui ! En trois ans et demi.   

Qu’est-ce qui permet de dire que la violence devient structurelle dans la police ? 

Structurelle ne veut pas dire intrinsèque ni généralisée, mais rendue possible par l’institution. Le contraste entre la vétusté des commissariats, des bureaux, des lieux de travail des policiers d’un côté, et la sophistication toujours plus importante de leur accoutrement guerrier de l’autre, est significatif. La fin de la police de proximité voulue par Nicolas Sarkozy ne cesse de porter ses fruits maléfiques. Le résultat, c’est que la civilité, le sang-froid de la police semblent être des vertus déclinantes

Est-ce simplement le reflet de la dégradation des rapports sociaux en général, toujours plus agressifs ou l’effet d’une protection à toute épreuve, venue d’en haut et sans cesse réaffirmée ? 

Lors des procès, quand la police est mise en cause par l’accusé, le juge penche systématiquement du côté de la police. Quand l’accusé est un délinquant, on comprend la logique, quand, en revanche, c’est un manifestant ou un citoyen simplement accusé d’outrage, c’est plus choquant. Mais comment pourrait-il en être autrement ? La parole des policiers (fonctionnaires assermentés), celle de leurs collègues sont bien souvent les seuls éléments dont le juge dispose. Sans les caméras, c’est, à l’évidence, la victime du tabassage rendu public hier, qui aurait été condamnée au moins pour outrage ou violence sur un dépositaire de l’autorité publique. 

Nous parlons là d’une politique de sécurité, d’équipement, de lois, de déroulé de procès. On pourrait parler aussi de formation des policiers. 

Nous parlons donc de structure et non pas de l’égarement de trois hommes. Tout pourrait changer si, simplement, les responsables politiques cessaient d’avoir peur des syndicats de police. L’article 24 de la loi Sécurité globale est l’archétype du produit de cette peur. Au début, rappelez-vous, il s’agissait, d’après Gérald Darmanin lui-même, d’interdire de filmer les policiers en action… une de leurs plus anciennes revendications. 

En quelques jours, des images essentielles sont venues torpiller cet article de loi mieux que tous les discours des opposants. 

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