L'édito politique par Françoise Degois. _____Dernière ligne droite pour le parti socialiste, dont les militants voteront le 6 novembre sur les textes. C'est la bagarre finale avec une campagne, totalement paradoxale. Et le premier des paradoxes , c'est la nature même de ce congrès ! Bien sûr, vous ne trouverez personne pour appeler un chat un chat mais le but initial tenait en 2 mots : empêchement et revanche, enrobé dans un discours assomant sur la supposée bagarre idéologique. Tout a été fait pour embourber le calendrier, étirer le temps, user l'adversaire jusqu'à la trame. Oui, il s'agissait d'abord d'effacer Ségolène Royal de la photo. Caramba encore raté ! Aujourd'hui, Royal qui s'est contrainte à des alliances dont elle ne voulait pas au départ, ne mourra pas à Reims et devrait même, poussée par la crise et son expérience de la présidentielle, faire un bon score. Deuxième paradoxe : Bertrand Delanoé. Lancé comme une fusée, en juin, par une partie de l'appareil socialiste et médiatique, Delanoé le moderne vit une fin de campagne un peu crispante. L'alchimie n'a pas pris au niveau où il l'espérait, son " social libéral " lui revient en boomerang, crise oblige. Plus étonnant encore, le décalage entre les sondages, qui le donnent largement gagnant à Reims, et la réalité du terrain, plus grisâtre. Delanoé se voyait largement majoritaire en juin. Il a révisé ses objectifs à la baisse. S'il gagne ce congrès, c'est à l'arrache ! Troisième paradoxe : Martine Aubry et son attelage Strauss-Fabius. On pouvait imaginer que ça tiraillerait dans tous les coins ; pas du tout. Aubry fait une campagne cohérente, classique, à gauche. Pas d'engouement mais des salles souvent bien remplies. Elle tient bien son rôle de challenger et espère venir chatouiller les pieds de Delanoé et Royal le 6 novembre. Quatrième paradoxe : les méthodes. Alors que tout le monde plaide pour la rénovation, on prolonge à l'infini les vieilles lunes. Fédération qui votent au canon sur les ordres du chef, cartes invérifiables dans certains fiefs du nord, torsion de bras, menaces sur les élus - " Tu signes ou je te retire ta délégation " - c'est parfaitement honteux. Dernier paradoxe : Lionel Jospin. Absent ET présent. Il aura tiré toutes les ficelles de la motion Delanoé-Hollande, ressortant à point nommé du bois ou, envoyant son épouse Sylviane, pour dégommer Royal. Mais qu'on se rassure, Jospin a plusieurs diables dans la vie. C'était Fabius à Rennes en 90, c'est Royal à Reims en 2008... Quelle persévérance ! Alors que peut-il sortir de ce congrès ? Le pire ou le meilleur... Choisis ton camp camarade ! Le pire, ce serait 2 motions dans un mouchoir de poche. Et personne ne voulant lâcher le morceau - ça, c'est la logique de Rennes. Le meilleur : un texte qui se dégage clairement et un ou une leader qui met à la rivière la rancune et le mépris pour créer de la cohésion. La réalité, c'est que le PS ne peut pas rater son congrès. Il a une obligation de réussite d'abord pour son électorat qui fait tout de même preuve d'une patience d'ange. Ensuite pour sa survie. Quelques secondes avant leur disparition de la surface de la terre, les dinosaures machouillaient tranquillement leurs herbages. Et ils ont disparu. Rien n'est donc éternel, même pas un vieux parti politique.

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