L’édito politique du jour, avec vous Yael Goosz. Les planètes politiques sont-elles encore alignées pour les écologistes ?

C’était hier, et pourtant ça paraît loin. Le 26 mai 2019, Europe écologie les Verts devient la troisième force politique en France : la « vague verte européenne », et sa réplique, en juin, aux municipales. Il y avait les marches pour le climat, la convention citoyenne, et maintenant les urnes qui parlent. EELV et son état-major liliputien, 10.000 adhérents, quelques salariés et pas un seul député à l’Assemblée, en train de faire un pas de géant ! 

Mais qu’en est-il à 17 mois de la présidentielle ? Le tableau est nettement moins idyllique. D’abord parce que l'actualité immédiate leur est défavorable. A l’heure où les députés adoptent un plan de relance sans doute caduc face à l’aggravation de la crise sanitaire... Comment plaider pour de nouvelles contreparties écologiques quand l’angoisse immédiate, c’est de perdre son job ?   

Deuxième vent contraire : la lutte anti-terroriste, les débats sur la laïcité, ce n’est pas leur zone de confort. Il faut voir les remous provoqués en interne par la petite phrase de Yannick Jadot dans l’Obs, mi-septembre : « le burqini n’a rien à faire dans une piscine ! » Et le procès fait à Jean-Luc Mélenchon pourrait s’appliquer aussi à une partie des Verts (à la sénatrice Esther Benbassa) qui assume d’avoir marché contre l’islamophobie l’an dernier.  

Des écolos peu audibles… Ecrasés par la voix des « revenants », ceux qui ont déjà été aux manettes lors de crises similaires. Les Hollande, Cazeneuve et Valls.   

Enfin, à l'heure où il faut réarmer l'Etat, les Verts, décentralisateurs voire fédéralistes, ont-ils le bon logiciel pour affronter ces nouveaux périls ? En 2012, la candidate Eva Joly voulait retirer les militaires du défilé du 14-Juillet… Ces mêmes soldats qui meurent aujourd’hui sous les balles des djihadistes au Mali.  

A vous écouter, les écologistes n’ont pas encore trouvé leur deuxième souffle…  

Non, mais ça n'est pas rédhibitoire. Comme pour toutes les formations politiques anesthésiées par la Covid. Les ricanements et les polémiques de septembre sur le « sapin de Noël » supprimé à Bordeaux ou le tour de France, c’est de l’écume… Qui fait tache dans l’opinion, d'accord, mais dérisoire par rapport à la gestion au long cours de ces grandes métropoles. On suivra avec intérêt l’expérience menée à Lyon, qui municipalise sa gestion de l’eau : la métropole crée sa propre régie et ne délègue plus au privé, pour limiter la surconsommation et pratiquer des tarifs sociaux.   

Alors, on est peut-être pas dans le régalien… Mais à ce propos, Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV, piqué au vif, renvoie la balle à ses détracteurs. Qui, depuis 20 ans, a réduit les moyens des hôpitaux, supprimé des postes dans la police, négligé la plateforme Pharos, qui traque les dérives sur les réseaux ? Qui fait de la surenchère ? Xavier Bertrand réclame un référendum pour inscrire la laïcité dans la Constitution, alors que c’est déjà dedans... Dit autrement : comment accuser d’incompétence un adversaire qui n’était pas au pouvoir.   

Pour EELV, le chantier qui s’ouvre est immense. Et ça tâtonne. Il a suffi qu’Emmanuel Macron envisage de se déplacer, ce mardi, chez Framatome au Creusot, pour que le parti écolo dégaine un communiqué hostile et anti-nucléaire. C’était hier, vers 16 heures. Sauf que l’Elysée avait déjà annulé sa visite pour cause d’urgence sanitaire ! 

Eclipse partielle des Verts. Partielle et provisoire. Dans notre dernier baromètre Odoxa, les cotes d’adhésion à Eric Piolle ou Yannick Jadot, tous les deux dans les starting-blocks pour la présidentielle, sont au plus bas. Mais depuis la rentrée, rien n’indique que l’angoisse climatique des Français soit redescendue… Au contraire, les sondages le montrent, elle est juste masquée par la Covid. Le parti EELV, lui, a-t-il toujours le monopole de cette angoisse ? Plus maintenant.

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