La mission anti tabac tient cet après midi sa dernière séance en auditionnant le ministre de la Santé Xavier Bertrand. Elle rendra ses conclusions la semaine prochaine. Et après ? D'un côté vous avez les chiffres : 12 millions 700 000 fumeurs. 66 000 décès par an liés à la consommation de cigarettes. 3 à 5000 morts pour tabagisme passif. De l'autre, des chiffres encore : 36 000 débits de tabac, presque un par commune, 60% sont des bars tabac, autrement dit des cafés du commerce, bref des prescripteurs d'opinion, et puis 7 régions françaises cultivent des plants de tabac. Et au milieu ? Au milieu, des pouvoirs publics animés a priori par la volonté d'améliorer la santé publique. Mais qui se retrouvent coincés entre des lobbys cigarretiers, des syndicats de l'hôtellerie- restauration puissants, et des élus qui ont la trouille. Résultat : ça fait des mois que le gouvernement tergiverse sur la question de l'interdiction de fumer dans les lieux publics, à la recherche de la meilleure ou de la moins pire des solutions, oscillant successivement entre l'idée de décret avec dérogation, celle de fumoirs hermétiquement clos ou encore d'interdiction totale avec délai d'application. Comment expliquer cette lenteur ? 3 exemples rapides pour comprendre : 1: Des cigarettiers, type British american tobacco, Phillip Morris ou Altadis qui est l'ancienne Seita, font un travail d'une efficacité redoutable. Songez plutôt qu'en pleine crise du CPE, mi avril, ils ont réussi à convaincre Matignon que les jeunes, qui étaient déjà dans la rue, allaient devenir encore plus enragés si on leur annoncait une interdiction totale de fumer dans les lieux publics ! Gagné, rétropédalage ! 2.Il y a aussi de très mauvaises habitudes individuelles contre lesquelles l'exécutif se dit qu'il est difficile de lutter. L'association "Droit des Non Fumeurs" a dû mettre en demeure le Tribunal de Grande instance de Créteil, le tribunal, vous savez, là où on fait appliquer la loi, pour que ce tribunal donc applique en son sein la loi Evin. Elle a dû faire un travail d'explication et d'accompagnement de 8 mois. Enfin 3. Les parlementaires ne sont franchement pas à l'aise sur la question. Malgré des sondages d'opinion qui vont tous dans le même sens, les Français sont très majoritairement pour une interdiction totale de fumer, ils ont peur de perdre leurs électeurs. Et les fameux lobbys leur rappellent opportunément qu'ils ont souvent été élus à 200 ou 300 voix près. Voilà pourquoi ça traine. Xavier Bertrand, le ministre actuel de la Santé soutient plutôt cette cause, mais il n'a pas, vous le voyez toutes les cartes en main. Il a néanmoins promis une décision avant la fin de l'année, cette fois, c'est sûr. Il serait temps si ce gouvernement ne veut pas être soupçonné plus longtemps, de faire de savants calculs pour déterminer le ratio précis entre amélioration de la santé publique et nombre de voix d'électeurs perdues ou gagnées.

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