L'amendement ADN du projet de loi sur l'immigration retoqué hier par la commission des lois du sénat. Le feuilleton n'est pas terminé et cet amendement laissera des traces. C'est un petit caillou. Petit caillou qui balise le chemin que tôt ou tard la France finira par emprunter pour les uns. Même si à l'inverse, d'autres trouvent que c'est un petit caillou pointu dans la chaussure, qui blesse et écorche l'idée qu'ils se font des lois de la république. Ce petit caillou, c'est ce fameux amendement ADN, introduit dans le projet de loi sur la maitrise de l'immigration, glissé à l'assemblée par un député sarkozyste et rejeté hier en commission des lois au sénat par des voix d'opposition, du centre, mais aussi de l'UMP. Alors, on ne sait encore ce qui va advenir de cet amendement - il faut attendre le vote du sénat en séance publique la semaine prochaine, et le cas échéant, le résultat de la commission mixte paritaire qui doit permettre aux députés et aux sénateurs de se mettre d'accord - mais on se dit que ce petit caillou effectivement va laisser des traces. Car peut-être a-t-il permis moralement et éthiquement de faire tomber une barrière supplémentaire, peut-être a-t-il montré aussi politiquement, une certaine façon de gouverner. Barrière morale, éthique, et philosophique. A peine l'amendement Mariani introduit, de grandes voix se sont élevées, celle notamment d'Axel Kahn, brillante, pour dénoncer l'idée que la loi puisse réduire une personne à ses caratéristiques génétiques, que la loi puisse définir la famille par des critères biologiques, que la loi enfin puisse légitimer une discrimination entre français et étrangers. La loi sur la bioéthique de 94 interdit en effet l'utilisation de tests génétiques en matière de filiation. Pourquoi ce qui serait interdit pour les français serait-il possible voire recommandé pour des migrants ? Des généticiens donc, des philosophes, des religieux, des associatifs, des politiques aussi, des communistes à Jean-Pierre Raffarin, de Christine Boutin à Dominique de Villepin, ont dit leur scepticisme voire leur opposition à cet amendement. Il s'est pourtant trouvé une majorité à l'assemblée nationale pour voter le texte. Comme si politiquement, la peur de l'immigration submergeait les consciences. Politiquement justement, l'histoire de cet amendement restera peut-être comme l'illustration - d'une façon cynique sans doute, mais finalement assez efficace - pour le gouvernement d'avancer ses idées. C'est en effet un amendement d'origine parlementaire qui met le feu aux poudres. Pratique pour le gouvernement qui peut toujours dire pendant toute la discussion, "ah c'est pas nous, ce sont les députés qui proposent ça". Un député néanmoins historiquement sarkozyste, Thierry Mariani, ce n'est pas tout à fait un hasard. On notera aussi que le gouvernement a beau jeu dans cette histoire, de se présenter du coup comme "l'adoucisseur" du texte. C'est en effet le ministre qui pour calmer les esprits, et sur injonction de Matignon, tente d'aménager l'amendement en rendant le recours au test ADN facultatif, volontaire et expérimental. On peut même se demander si dans cette affaire, les ministres d'ouverture n'ont pas trouvé leur première utilité : montrer un peu leur différence, Martin Hirsch, Bernard Kouchner, Fadela Amara se sont tous dits "gênés", un peu mais pas trop fort. Finalement, ils accréditent l'idée que si, même eux ne sont pas foncièrement contre, c'est que le sujet ne fait plus vraiment clivage. D'ailleurs les ténors socialistes ont été relativement discrets sur la question. Lancer l'idée, avancer un pion puis reculer, tester la mobilisation de l'adversité, en s'appuyant encore et toujours sur l'opinion publique, censée soutenir tout ce qui la protège face à tout ce qui l'inquiète, le président et gouvernement peuvent bien laisser tomber pour cette fois le test ADN. Il reviendra. C'est un petit caillou qui a été déposé.

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