Jean-François Copé publie son « manifeste pour une droite décomplexée ». Vous en avez lu les bonnes feuilles…

Oui et revenons d’abord sur ce terme de « droite décomplexée ». Nicolas Sarkozy en est en fait l’inventeur. Dans les années 90, il s’affirmait de droite et fier de l’être alors que depuis que l’on distingue droite et gauche en France, c’était plutôt mal vu de s’auto-étiqueter de droite. Quand on est très à droite, on se dit nationaliste, quand on l’est moyennement, on est libéral, quand on l’est un peu, on est centriste ou apolitique… jamais à droite à tel point qu’en 1958, les députés gaullistes de l’UNR n’ont pas voulu siéger sur les bancs à droite de l’hémicycle, comme leur positionnement politique devait pourtant les y placer. On n’imagine pas un nouveau parti se désigner, à l’instar du « parti de gauche », comme « le parti de droite ». Alors qu’il est plutôt cool de se dire à gauche, progressiste et humaniste… Bref, la droite ayant en permanence peur de passer pour ringarde, aurait besoin de se décomplexer, d’être enfin reconnue pour ce qu’elle est par une personnalité qui aurait le courage de ses opinions et de, selon la formule consacrée : « dire tout haut ce que bien des gens pensent tout bas » ; la droite en a assez de mettre au pilori de l’idéologie dominante, bobo, bien pensante qui exercerait, selon une autre formule consacrée « un terrorisme intellectuel » insupportable. Et dans ce manifeste pour une droite décomplexée, Jean-François Copé veut, dit-il, briser un tabou : celui du racisme anti-blanc.

Pour se distinguer en politique, la mode, c’est de briser des tabous.

Oui, et c’est ainsi que Jean-François Copé, qui fait non pas du Le Pen mais du Sarkozy avec 15 ans de retard, affirme qu’il y a en France des étrangers ou des Français d’origine étrangère qui pratiquent un racisme anti-blanc. On devrait, nous commentateurs déconnectés et snobinards, s’étrangler d’horreur devant cette vision de la banlieue que l’on qualifierait forcément de « fasciste », selon le schéma espéré. Mais en fait de tabou, Jean-François Copé, enfonce une porte aux deux battants largement ouverts. C’est vrai, le racisme anti-blanc, la haine de la France et de la République se développent de façon préoccupante dans la périphérie des grandes villes, là où des ghettos se sont formés. Le constat de Copé est juste mais il est partiel et le range parmi ceux qui succombent au syndrome victimaire qu’il était pourtant prompt à dénoncer. Certaines cités, disons certains ghettos, sont maintenant des petites sociétés racistes, ré-ethnicisées, anti-arabes, anti-noirs, antisémites, anti-blancs. Maintenant la vraie question est : que fait-on ? On peut considérer que ces populations racistes ne doivent être que des ennemis à combattre. On entrerait alors dans un esprit de guerre civile. Ou bien on peut estimer qu’il faut casser les ghettos, briser l’engrenage qui conduit à cette situation. Par exemple en favorisant la mixité sociale par la construction de logements sociaux dans les communes riches, favoriser une société du métissage. Cette société mélangée, elle existe déjà dans une grande partie de la banlieue et dans beaucoup de grandes villes. C’est une société dont on ne parle pas, qui souffre aussi de la crise, mais qui, parce que l’urbanisme y est resté à taille humaine, ne se disloque pas en diverses communautés repliées et racistes… Le débat entre gauche « sûre d’elle » et « droite décomplexée » ne devrait plus porter sur le constat du délabrement de certaines parties du territoire traversées par diverses haines, mais plutôt sur les remèdes à y apporter.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.