Cécile Duflot s’en est prise à Manuel Valls sur la question des Roms… On est au-delà du traditionnel couac.

Oui, il s’agit d’une vraie controverse lourde de sens… entre un ministre de l’Intérieur qui assume pleinement de se coltiner le réel –dit-il- et un autre ministre qui ose dire tout haut ce que le reste du gouvernement pense en sourdine. Quand Arnaud Montebourg dit à peu près la même chose que Cécile Duflot, il doit prendre des gants pour ne pas donner l’impression de manquer à la solidarité gouvernementale. Mais Cécile Duflot s’exprime en tant que leader d’une composante de la majorité. Elle parlait d’ailleurs dans le cadre des journées parlementaires de son mouvement. Il y a bien sûr un aspect tactique qu’il faut souligner même s’il nous éloigne du fond de la question. Cécile Duflot a besoin de rassurer les militants troublés par le départ de Noël Mamère qui trouve que Europe-Ecologie-Les-Verts devrait quitter la majorité. Les arguments de la ministre écologiste rappellent simplement la doctrine républicaine avec des mots que peu de monde (à gauche et au-delà) pourront contester. Ça lui donne une petite autorité momentanée et bienvenue au milieu d’un moment assez désastreux pour son parti. Mais il ne faut pas rester sur l’aspect stratégique des choses. Manuel Valls a effectivement prononcé des phrases… disons hétérodoxes. Les pouvoirs publics ne reconnaissent que des droits et des devoirs individuels et ne peuvent pas décréter qu’une communauté, une nationalité ou une religion, en soi, ne peut pas s’intégrer. En réalité, Manuel Valls n’est pas en désaccord avec cette vision basique, non pas de la gauche mais de la République.

Pourtant, pour l’instant, il ne semble pas vouloir retirer ses propos !

Non, parce qu’on est toujours devant le même schéma. Vous connaissez la rengaine, « on m’a mal compris, on a instrumentalisé ma réponse » … En fait il a tiré des généralités de façon maladroite, d’une expérience de terrain vécue quotidiennement. Les élus concernés par un afflux (plus ou moins important) de Roms sur leur territoire, le somment d’intervenir. Il doit d’ailleurs intervenir parce que les expulsions sont le résultat de décisions de justice. Quand des relogements de certaines familles sont tentés (ce qui est assez rare, il faut bien l’avouer), dans la plupart des cas ça ne marche pas car tout le campement évacué veut être relogé ensemble ! C’est –dit-on- au ministère de l’intérieur- l’un des exemples qui ont fait parler à Manuel Valls de « mode de vie » incompatible avec une intégration. A trop vouloir incarner la fermeté on en arrive à prononcer des phrases qui donnent l’impression que la fermeté est un but en soi. Dans l’imaginaire des présidentiables, le ministère de l’intérieur est d’ailleurs devenu une sorte de sas par lequel il faut passer pour acquérir cette autorité régalienne qui fait de vous un homme d’Etat : Mitterrand, Chirac, Sarkozy sont passés par la place Beauvau. On s’y crée des réseaux, on imprègne la machine étatique autant qu’on est imprégné par elle… on y agit vraiment, mais on peut aussi s’enivrer d’être aux manettes de ce que Max Weber appelait la « violence légitime » de l’Etat. Nicolas Sarkozy en est sorti avec une démarche et un discours de cow-boy, on dirait que Manuel Valls –à force de coups de menton- y prend des plis d’homme d’ordre... pour l’ordre. La « violence légitime » oblige aux plus grands respects des principes. Même dans l’expression. La phrase sur le mode de vie des Roms était l’un des coups de menton de trop !

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