Le cafouillage autour du glyphosate révèle un profond clivage au sein de l’exécutif…

Oui, une forme de clivage auquel on n’aurait pas pensé spontanément s’agissant de cette nouvelle majorité aux racines multiples. Le macronisme, que l’on tente de définir depuis un an, en même temps qu’il tente lui-même de se construire, on le sait, est un dépassement modéré et plutôt libéral du clivage gauche/droite. Une fois au pouvoir et confronté à la gestion quotidienne des affaires publiques, à la mise en place du programme, on pouvait penser qu’allait apparaître un macronisme de gauche et un macronisme de droite, en concurrence, par exemple aujourd’hui, au moment de la présentation d’un budget jugé droitier. Vieux réflexe, sans doute, de vieux commentateurs du monde d’avant puisqu’il n’en est rien. Ou au moins ce clivage n’apparait pas encore ! Mais l’affaire du glyphosate (et sans doute bientôt celle de Notre-Dame-des-Landes) révèle un tout autre clivage qui ne va pas pouvoir supporter longtemps le «en-même-tempstisme». Avec le glyphosate, on s’aperçoit qu’au sein de la Macronie, le clivage le plus pertinent est bien celui-là : vieux monde contre nouveau monde, pour reprendre une terminologie chère aux exégètes du président. La droite et la gauche productivistes, furieusement classiques, certes très modérées mais répondant encore aux logiques de leurs partis d’origine, sont en fait très à l’aise ensemble pour souhaiter une prolongation du glyphosate en Europe, comme le veulent la FNSEA et les tenants de l’agriculture intensive. Stéphane Travers, ministre de l’Agriculture, ex-socialiste, et Edouard Philippe, 1erMinistre, ex-LR, de concert contre Nicolas Hulot et, semble-t-il, l’Elysée, poussent dans ce sens. L’Elysée est enclin, sur ce sujet au moins, à suivre le ministre de l’Ecologie si l’on en croit les propos d’Emmanuel Macron, hier lors de son discours sur l’Europe : il veut plus de transparence sur le glyphosate. Les anciens contre les modernes ou plutôt les productivistes contre les «transitionistes», ces clivages dessinent petit à petit la carte de la macronie.

Sur le glyphosate, le moment de vérité est pour bientôt.

Oui, la France doit arrêter une position claire parce que la reconduction de l’autorisation du glyphosate ou non doit être décidée à la majorité des pays européens (donc 14 pays représentant plus de 65% de la population de l’Union). La dernière réunion d’experts nationaux sur le sujet doit avoir lieu le 13 octobre. La France aura arrêté sa position. Et c’est à ce moment-là que l’on verra si ce sont les productivistes ou les « transitionistes » qui l’emportent, c’est-à-dire de quel côté aura finalement penché le président. Le destin politique de Nicolas Hulot au sein du gouvernement pourrait aussi se jouer là. On imagine mal l’écologiste rester dans un gouvernement qui prône la reconduction de ce produit. Il a certes vécu des situations extrêmes plus périlleuses dans Ushuaia, à l’autre bout du monde, mais certainement pas comme d’avaler une grosse couleuvre au glyphosate ! La Macronie se construit ainsi… sous nos yeux, en se cognant aux murs épais de la réalité.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.