Jacques Chirac, un président français. Un président ni réformateur, ni conservateur, mais qui a eu le soucis de garder la maison unie. On ne parlait pas encore de la France archipel, de la communautarisation, du morcellement de la France mais le risque de la division pointait.

Jacques Chirac à Berlin en mai 2007 à Berlin
Jacques Chirac à Berlin en mai 2007 à Berlin © Getty / Sean Gallup

Et si le personnage Chirac avait des allures d’intrépide officier de cavalerie, sans vergogne pour conquérir le pouvoir à la hussarde (avec une efficacité tardive puisqu’il a dû s’y reprendre à trois fois), il marchait sur des œufs quand il s’agissait de réformer, de peur de diviser le pays. Nicolas Sarkozy fut d’ailleurs élu par contraste en dénonçait le roi fainéant. 

Mais on peut regarder l’histoire sous un autre angle. En refusant d’aller au bout des conflits, il préservait l’essentiel, l’unité du pays. Celui qui, tout jeune secrétaire d’Etat, avait été au cœur des négociations sociales en 1968, gardait cette crainte de voir la France se morceler. 

Président français parce qu’au fond de quel camps était-il ? 

Gaulliste, avec cette prétention de rassemblement et de dépassement idéologique. Il aura, en réalité, tout été. Etudiant de gauche, travailliste et souverainiste dans les années 1970, néo-libéral en 1986 (au moins dans l’affichage de la campagne des législatives gagnantes de cette année-là), républicain autoritaire lors de la présidentielle perdue de 1988, gaulliste social en 1995, rassembleur œcuménique en 2002 et quasi-écologiste à partir de 2004 ! 

Des évolutions et des revirements comme son ami Johnny qui ne le démodaient pas pour autant et ne donnaient pas non plus l’impression qu’il se trahissait en changeant de style avec les époques. Jacques Chirac incarne aussi une façon de faire de la politique qui ne peut plus être de mise aujourd’hui ! 

C’est le paradoxe de sa popularité post-pouvoir. Les Français l’aiment car il personnifie une époque dont ils ont la nostalgie mais dont ils n’accepteraient plus aucun des éléments qui la constituaient. C’était un vorace de la politique : multi-cumulard jusqu’à l’absurde. L’année 1979 par exemple, Jacques Chirac était à la fois maire de Paris, président du Conseil général de Corrèze, député de Corrèze et tête de liste pour les Européennes ! Comme maire de Paris, il était clientéliste au dernier degré (il a d’ailleurs été condamné pour ça). Il fumait tout le temps, mangeait gras et l’époque de "balance ton porc" ne tolèrerait plus son attitude d’alors (comme celle de beaucoup d’hommes de pouvoir) avec les femmes. 

Mais les Français ne lui en tiennent par rigueur…

Non, parce qu’il avait le charme des films de Claude Sautet ou l’on fume, boit, drague en bon vivant. Et puis,  sur l’essentiel (discours du Vel d’hiv' et refus de la guerre en Irak), Jacques Chirac a positionné la France de façon juste, selon ce que doit être notre pays au regard de son histoire, de son identité et aux yeux des Français. 

Sa popularité vient aussi d’un élément qui n’a pas grand-chose à voir avec la politique, avec les idées, les promesses tenues ou non… C’était un homme cultivé, ouvert sur les cultures du bout du monde… C’est-à-dire un humaniste, universaliste... Les Français, confusément, aiment se reconnaitre dans ce portait qui, pensent-ils, est aussi le leur.

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